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La Vivance des 10e Rencontres d’Ostéopathie comparée

Il y a quelque temps, Patrick Chêne a proposé que nos deux sites, celui de la revue L’Ostéo4pattes et celui du Site de l’Ostéopathie collaborent pour donner à nos abonnés respectifs la possibilité de consulter des articles réservés. Ce projet est en cours et va être mis en place très bientôt. Et au cours de la conversation, Patrick m’a invité à venir aux 10e Rencontres d’Ostéopathie comparée pour qu’ensemble, nous puissions annoncer cette coopération.rencontres panneau

Participer à ces Rencontres demandait réflexion : ce premier trimestre j’ai participé à plusieurs congrès, conférences, symposiums et sur le moment j’ai hésité : le programme des ateliers et des conférences ne me parlaient pas trop sur le moment. Pourtant, au fond de moi, la décision était prise dès la requête de Patrick : j’ai déjà participé il y a 4 ans à ces Rencontres, et le retour d’expérience m’incitait intuitivement à y retourner. Et puis, il y a Patrick !

Me voilà donc sur les routes : près de 7 heures de voiture en solitaire permet de réfléchir, de se poser des questions et de philosopher. Pourquoi appeler cela des Rencontres et pas un congrès, un symposium ?

Un congrès s’adresse plutôt à une association, à une école, un syndicat. Les participants au congrès sont là pour entendre du haut de leur chaire des professeurs qui leur enseignent presque ex cathedra le fruit de leur expérience, leur savoir à travers des films, des vidéos, des Power Point qu’ils lisent, commentent. Et en fonction de leur capacité à transmettre leur savoir, ces conférences sont intéressantes, mais pas toujours. De plus en plus, il existe ce que l’on appelait avant des travaux pratiques, et que l’on nomme maintenant des Workshops où le conférencier fait plus ou moins partager sa recherche, son savoir dans un but d’attirer les congressistes aux stages qu’il organise…

Le symposium est très légèrement différent. Ce qu’il a en commun avec le congrès, c’est qu’il y a conférences et workshops. Mais la différence essentielle c’est qu’un symposium est organisé sur un thème bien précis : la région lombaire, l’ostéopathie pédiatrique, etc. et toutes les interventions s’enroulent autour du thème unique. Qui plus est, même si l’ostéopathie est le sujet majeur, il est souvent accompagné par des conférences hors sujet faites par des médecins qui connaissent de l’ostéopathie, malheureusement, que ce qu’on leur en a dit, ou ce qu’ils en ont lu.livre Petit prince

Ici, rien de tel ! Et pourtant, il y a bien ces conférences l’après-midi, chacune de 45 minutes, avec Power Point et vidéos. Il y a bien, non pas des workshops, mais des ateliers.

Première différence. Ces ateliers ont lieu le matin, et sont renouvelés pendant les 3 journées que durent les Rencontres de façon à ce que chaque participant puisse assister au plus grand nombre d’ateliers. Mais cette différence n’est pas l’essentiel de ces Rencontres. Celui-ci est ailleurs, un peu comme l’histoire du renard du Petit Prince : Ici, il s’agit de « s’apprivoiser », de créer des liens, car

« on ne connaît que les choses que l’on apprivoise » (1).

Il n’y a pas de conférence ex cathedra, chacun vient ici tel qu’il est en lui-même et partage justement ce qu’il est. On est tous en chemin, pas toujours sur le même d’ailleurs, mais qu’importe. Il n’y a pas de jugement, et chacun évolue en fonction de son propre parcours et ce qui est proposé ici c’est ce partage de chacun, de son expérience, de son parcours. C’est un dévoilement et me revient le secret du renard

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » (2)

Car c’est bien ce qui se passe ici : rien ne se voit, tout se présente non dans un vécu personnel mais dans une vivance collective.

livre henry romanUn vécu est une expérience ressentie et éprouvée qui relève des représentations mentales et de l’affectivité, alors que la vivance (3) s’adresse à l’essence du phénomène Vie et comme le dit parfaitement le Dr Emmanuel Galacteros,

« c’est la mise en acte des processus “ressentir et/ou éprouver” en tant qu'ils sont l'essence du phénomène Vie, phénomène absolu, en soi, hors de toute contingence » (4).

Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans ces Rencontres que Patrick Chêne organise depuis maintenant dix années.

Ici, on est vrai, pas de masque, pas de faux semblants, dans la simplicité de la rencontre. On s’apprivoise chacun et chacune, on échange sans jamais se mettre en avant, la simplicité et l’humilité sont de mise.

Et quand on s’en va, il y a comme un pincement au cœur, comme un regret car alors on prend conscience de ce que l’on a reçu de tous et de chacun en particulier, du partage d’expérience, de ces amitiés profondes qui naissent et qui restent, presque indélébiles tellement la vivance nous a emportés.

Et nous partons enrichi de ce que l’on a donné, et finalement souriant et heureux, riche de tout cela car nous avons vécu, tous, un moment de la Vie, de cette Vie dont il y a au fond, dit Michel Henry,

« une certaine douceur, un sentiment d’insouciance et de sécurité — comment dire ? —, une certitude absolue que rien, semblait-il, ne pourrait jamais ébranler, qui court dans le corps des vivants, traverse leurs membres, suscite leurs mouvements et les rend aisés, qui, ivre d’elle-même et de sa propre joie, projette toujours quelque nouvelle entreprise, le dessin de ce qui n’a encore jamais été, une existence agrandie et plus pleine, où le bonheur d’être sera plus grand encore » (5).

Merci Patrick pour ces 10e Rencontres. Et merci à tous les participants présents à ces Rencontres qui, sans eux, ne seraient pas.

=> Cet article est également publié sur le site de l'Ostéo4pattes : La Vivance des 10e Rencontres d’Ostéopathie Comparée

Notes

1. Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Folio junior 153, 1992, p.69.
2. Idem, p. 72.
3. Ce mot est un terme phénoménologique inventée par le Prof. Alphonso Caycedo, créateur de la Sophrologie. C’est une transposition directe de l'espagnol vivancia ; la Vivance désigne l'expérience d'un être humain, éprouvée et/ou ressentie d'un phénomène.
Michel Guerry ajoute : La vivance c’est « la vie en train de se vivre », la vie en train de faire l’épreuve de soi-même, dans son existence, dans son pur pathos, c’est-à-dire avec ses modalités « souffrantes » et « jouissantes », qui peuvent d’ailleurs se manifester ensemble, car on peut souffrir et jouir en même temps. Voir : Précisions sémantiques du Dr Michel Guerry
4. Emmanuel Galacteros, « L’Alliance sophronique » article paru dans la Revue de Sophrologie caycédienne en Médecine et Sciences humaines, n° 6 - 1er trimestre 1994.
5. Michel Henry (1922-2002), L’Amour les yeux fermés, Gallimard, Folio n°1401 (1982).

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