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honte1Jean Edouard de Montmort - Pourquoi avoir honte ?

Il y a quelques jours nous avons été nombreux à prendre connaissance du témoignage de Thibault, jeune ostéopathe, qui a décidé d’arrêter de pratiquer. Je souhaite ici ne porter aucun jugement sur les choix de Thibault. Ce qui m’a interpellé et aujourd’hui me pousse à écrire, c’est la dernière péripétie qui l’a poussé à définitivement abandonner ses efforts.

À la fin de son récit Thibault nous parle du « moment le plus humiliant de ma jeune existence ». Cette phrase arrive après la description de son accident, je n’ose donc imaginer ce qui peut être pire que trois semaines d’arrêt forcé pour un jeune indépendant. Ce suspens pour apprendre que notre confrère n’a en fait que croisé un de ses patients en exerçant son métier complémentaire de livreur. Il fut alors pris de « honte ». C’est à propos de cette « honte » que nous devons ressentir, nous, cette jeune génération d’ostéopathes, que je souhaite réagir.

Essayons de pousser notre réflexion globale sur notre situation et plus largement celle de l’accès à la santé en France.

Je tiens à préciser que je ne dédouane pas les écoles quant à leurs responsabilités en matière d’informations. J’ai également dû travailler pendant 2 ans et demi en tant que vendeur chez Décathlon.

C’est un fait, depuis 2010 le nombre d’ostéopathes a explosé en France, tout le monde en parle ! Il en découle, cependant, un point positif : parallèlement à cette augmentation le nombre de consultations d’ostéopathie a suivi la même croissance. N’est-ce pas déjà une bonne nouvelle et une belle preuve de reconnaissance pour notre profession ?honte intermittent

En France l’ostéopathie est un peu étrange, cette profession a maintenant presque tous les attributs d’une profession de santé, mais sans en être une, sur le plan législatif uniquement. Nous nous comparons donc naturellement aux professions médicales et paramédicales pour envisager le fonctionnement de notre profession et l’évolution de nos « carrières ». Nous savons que « grâce » au numérus clausus établi dans toutes ces professions de santé, dès l’obtention du diplôme il y a du travail. C’est en fait tout l’intérêt du numerus clausus, protéger la profession et le praticien d’un point de vu matériel. Certains économistes appellent cela « les métiers de rente » au même titre que les notaires, huissiers et avocats en France. Une fois le diplôme ou le concours obtenus, vous faites partie de la famille et « rassurez-vous nous allons faire en sorte que nous ne manquions de rien ». Mais est-ce dans l’intérêt du patient ou dans l’intérêt du praticien ? Le monde médical fonctionnant comme cela depuis des années, il est donc normal que les ostéopathes soient vu d’un mauvais œil, surtout dans un pays où nous avons « la meilleure médecine au monde ». Si ce système, n’est pas appliqué aux ostéopathes comment peuvent-ils être de bons professionnels au service de leurs patients ?  Avec l’idée sous-jacente qui consiste à croire que la rareté fait la qualité ! Le nombre de personnes formées ne présage en rien de la qualité d’un professionnel, numérus clausus ou non.  

Les témoignages relayés donnent l’impression qu’il est même « outrageant » qu’un professionnel avec un diplôme Bac +5 ne puisse pas vivre de son métier dès les premiers mois de son installation.

Essayons de nous comparer au monde artistique. Dans le cinéma, théâtre etc… très peu vivent de leur métier en sortant d’école, qui peuvent également durer 5 ans. Leur sécurité matérielle est le statut d’intermittent du spectacle et avant de l’obtenir ils exercent pour la plupart, pendant plusieurs années leur métier en bénévolat. Ce travail leur servira de CV et les aidera à progresser. Parallèlement ils sont serveurs dans les bars, vendeurs etc… Nous en avons tous parmi nos patients et je n’ai jamais ressenti de honte pour eux. Ils se battent pour pouvoir ensuite vivre de leur passion. Ces métiers artistiques ne sont pas des métiers comme les autres, tout comme l’ostéopathie n’est pas un métier comme un autre. Ils doivent être vécus comme des passions. L’ostéopathie ne peut pas être envisagée comme un travail de bureau ou d’usine. C’est une manière de penser, de raisonner et de vivre.

honte Alfred SisleyPrenons encore l’exemple des navigateurs : actuellement se déroule la route du rhum, de nombreux régatiers sont partis traverser l’Atlantique. Les plus médiatiques vivent à 100% de leur passion et derrière, il y a le reste de la flotte qui mettra au moins deux semaines de plus à arriver, représentant 80 % des marins en course. Ces « amateurs » sont en fait de vrais marins, ils sont tenus d’avoir un métier à côté pout financer leur vraie passion : la voile. Le moindre centime glané, avec ce métier complémentaire, est réinvesti dans leur bateau et pourtant personne n’y voit aucune honte. Ils sont régulièrement mis à l’honneur par les médias qui les décrivent comme des surhommes qui doivent se battre tous les jours pour financer leur objectif.

Pourquoi alors nous, les ostéopathes, devrions-nous avoir honte, sommes-nous meilleurs que ces artistes ou ces marins ?

Non, cette honte n’est pas fondée. Le monde médical et certains de nos ainés affirment arbitrairement que : « si votre cabinet n’est pas rempli dans la première année et que vous avez besoin d’un complément de salaire c’est alors la honte, la faute à trop d’ostéopathes, nous sommes trop nombreux et allons tuer l’ostéopathie. Il faut vite établir un numérus clausus en ostéopathie, protégeons-nous !!! » Effectivement force est de constater que grâce au numérus clausus, aujourd’hui n’importe quel médecin quelle que soit sa spécialité aura, de toute façon, son carnet de rendez-vous rempli.Honte patient

Et si nous remettions au centre de nos préoccupations le Patient. C’est pour lui que nous exerçons. Le grand nombre d’ostéopathes installés nous a « forcé » à coloniser les campagnes désertées par la médecine. N’est-ce pas un point positif pour tous ? Nous suivons régulièrement de nombreuses formations afin d’être à jour des dernières recherches. La concurrence est rude, il faut être meilleur que l’autre et au final c’est bien le patient qui en bénéficie. Ce grand nombre d’ostéopathes permet au patient d’avoir une véritable liberté de choix de son praticien (en fonction de ses affinités par exemple). Aujourd’hui partout en France dans les 48h un patient peut être pris en charge par un ostéopathe. Est-ce honteux ? Est-ce une preuve de médiocrité ?

Non, je pense qu’au contraire c’est une force pour l’ostéopathie. Pour moi la honte c’est un système médical où même dans les grandes villes le patient doit attendre 6 mois pour consulter un ophtalmo dont le temps sera minuté pour s’occuper de lui. Les généralistes à la campagne peuvent avoir des délais de rendez-vous allant jusqu’à 3 jours. Certains patients attendent, avec leurs douleurs et leurs angoisses, plusieurs mois pour des examens ou des consultations de spécialistes.

Je ne souhaite pas blâmer les médicaux et paramédicaux, mais ils sont empêtrés dans un « système » de raréfaction de l’offre de soin. Ce serait donc pour nombre d’entre nous le modèle à atteindre ?

Quel est le système le plus honteux ? Celui qui consiste à passer 1 mois, 3 ans, 6 ans avec un métier complémentaire ou le système organisé autour du soignant qui assure à ce dernier un confort matériel, suite à une sélection drastique voire arbitraire ? Evidemment aucun des deux systèmes n’est idéal, à nous d’inventer celui qui permettra à tous les soignants d’exercer dans de bonnes conditions et aux patients d’avoir un accès aux soins sur tout le territoire.

En conclusion, je pense que nous devons appliquer notre réflexion ostéopathique à notre environnement. Envisageons avant tout notre métier comme un art et une passion. Dès l’entrée en école les administratifs et enseignants devraient prévenir et préparer leurs élèvent au chemin à parcourir.  Une autre sélection se fera chez les ostéopathes. Exercerons alors des professionnels dont la vocation première est le soin du patient, avant même l’exercice d’un métier.

Jean Edouard de Montmort, Ostéopathe DO

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