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ASO Dissection

Bernard Schmitt - Merci Monsieur A.T. Still, “le vieux docteur” (06/08/1828 - 12/12/1917)

Bernard Schmitt, Ostéopathe D.O. installé depuis 25 ans à Toulouse, est chargé du développement de l'Unité Clinique Ostéopathique chez Institut Toulousain d'Ostéopathie (ITO) - IWGS

 Le Site de l'Ostéopathie remercie Bernard Schmitt de l'avoir autorisé à reproduire cet article

État des lieux de l'ostéopathie en France selon le point de vue d'un ostéopathe libéral et enseignant dans une formation temps plein

Un siècle exactement après la disparition d’A.T. Still, nous pourrions, sans forfanterie, estimer que l’ostéopathie a fait son chemin avec succès dans le monde des offres de santé. Nous pourrions nous congratuler d’avoir, de près ou de loin, participé à l’ampleur de cette reconnaissance quasiment universelle.

Il semble nécessaire de se pencher de façon attentive sur la réalité de cette situation.

Dans notre contrée, la France, l’ostéopathie est réglementée, la formation a été calibrée par les décrets de décembre 2014 et l’ostéopathe détient un statut d’intervenant de première intention. Pour les anciens qui ont lutté lorsque pratiquer l’ostéopathie, illégale, relevait de l’acte militant, cette pratique était l’occasion de se retrouver, coudes serrés, dans une unité solidaire combative malgré les divergences d’interprétation du message initial d’A.T. Still.

La reconnaissance puis la réglementation ont incontestablement  desserré ces liens pour plusieurs raisons:

  • L’atteinte du but tant désiré permettait à chacun de se consacrer aux débats de chapelle qui ont facilité la dilution des liens précédents.
  • La formation des ostéopathes qui auparavant était l’apanage de personnes ou de groupes de personnes qui étaient engagé dans ce combat de réglementation, est devenu le terrain de jeux d’opportunistes plus intéressé par la rentabilité d’une formation que les décrets de 2007 minimisait d’une façon spectaculaire, la rendant à peine suffisante pour une sous compétence pseudo paramédicale. C’est ainsi que l’offre de formation est passé d’une vingtaine d’établissements d’enseignement à plus de soixante dix propositions. Malgré cette tentation de la facilité les formations historiques ont fait front en conservant leur particularité pédagogique. Les décrets de décembre 2014 ont permis de réduire cette offre pléthorique à une trentaine de formations, mais il doit être envisagé qu’une partie ne pourra survivre au surcoût des exigences structurelles qu’ils ont considérablement augmenté. Il suffit de les consulter pour avoir une idée de ces contraintes.
  • Parallèlement, à juste titre, mais maladroitement, les associations socioprofessionnelles se sont effarouchées de l’augmentation de la population d’ostéopathe qui s’est multipliée à peu près par 8 entre 2002 et 2017, alors que l’inquiétude concernait surtout la qualité de la formations des nouveaux arrivés sur le marché. L’argument d’une baisse des revenus de la profession est fortement biaisé par la proportion de créations de nouveaux cabinets d’ostéopathie par rapport au nombre de ceux qui sont installés depuis plus de 5 à 10 ans, niant ainsi le temps nécessaire à la progressivité du développement de l’activité . L’argument d’une surpopulation est biaisé par la variabilité des besoins et possibilités des différents bassins de populations ainsi que par l’explosion du développement quasi systématique de cabinets secondaires.
  • Cette polémique a amené une défiance entre le monde de la formation et le monde professionnel. Cette défiance est un frein incontestable dans l’intégration des jeunes ostéopathes par les plus anciens. Elle paraît d’autant plus discutable que les estimations de population intéressée par l’ostéopathie semble avoir été multipliée par 10. Ce conflit de génération se traduit, en outre par un déficit d’investissement des nouveaux diplômés dans l’avenir de leur profession, plus préoccupés par leur propre avenir, voire leur propre survie, et souvent blessés par l’accueil plus que mitigé que leur font les anciens les plus bougons.

Alors qu’il ne se passe pas une semaine sans que la presse ne vante les mérites de l’ostéopathie dans quelque domaine de la santé que ce soit, ces exégèses manquent de références scientifiques que la profession peine à produire.

L’enseignement de l’ostéopathie en France a longtemps été une transmission entre pairs où les arguments d’autorité ont trop souvent pris le pas sur les arguments scientifiques. Les décrets de 2014 nous invitent à améliorer le socle scientifique de la formation tout en subissant les critiques de ceux qui pensent que la transmission de l’ostéopathie doit se faire à travers des arguments d’autorité ou/et traditionalistes-historiques. Dans le même temps, ces décrets confient aux établissements de formation la charge de la recherche et de son développement.

Toute forme de recherche présente un aspect économique qu’un individu seul peut difficilement mener seul sur ses propres deniers. Pratiquer « la recherche » au sein de sa consultation constitue une approche de la recherche clinique, pratiquée par les medecins dans le cadre de recherche clinique (épidémiologie surtout) et pharmaceutique (pharmacovigilance). De plus, il s’agit de recherches sur le vivant et plus particulièrement sur l’être humain qui pourraient, éventuellement, amener des patients à réduire leur dépendance à des traitements chimiques. Dans ce cadre, malgré les potentialités qu’offre l’apport de l’ostéopathie dans de nombreux domaines de la santé, la quête d’un budget de recherche est vouée à de nombreux échecs qui vont décourager de nombreux praticiens en exercice. Il reste, donc à ce niveau beaucoup d’efforts de mise en place qui ne pourront se faire qu’en développant la mutualisation des efforts.

Isolés dans leur pratique, juste informés de manière souvent dramatisée ou excessivement positive, les ostéopathes œuvrent quotidiennement avec conscience et au mieux de leurs possibilités. Ils sont sollicités par pléthore de formations post graduées beaucoup plus tournées vers des développements techniques que par des approfondissements conceptuels,  tournant le dos à la réflexion de W.G. Sutherland: « Comprendre le système rend la technique aisée. » Le risque étant de, peu à peu, oublier que le patient n’est pas un champ d’application de techniques, et par extension de réduire la pratique ostéopathique à un catalogue de techniques supplétives d’une ordonnance médicale. Ce domaine disciplinaire étant déjà attribué aux auxiliaires médicaux, l’avancée de la discipline ne doit plus se faire en opposition mais en intelligente coopération. Le progrès et l’évolution de la réflexion enrichissent les différents champs d’exercices. Il est donc normal que des disciplines se rejoignent, voire se chevauchent. Mais l’avenir ne doit pas voir se dessiner une sorte de « darwinisme médicinal conformiste » s’opposant à la nature du modèle biologique (diversité, plasticité, variabilité…)

Certains prétendent obsolète la référence à A.T. Still, sous le prétexte qu’il vivait et exerçait à une époque éloignée où le socle scientifique présente quelques rusticités voire quelques faussetés par rapport à celui dont nous disposons aujourd’hui. Il convient de rappeler un certain nombre d’éléments qui font également la fierté des ostéopathes :

  • Il a été le premier à ouvrir les portes d’une formation médicale à des femmes qui en étaient exclues,
  • Il a posé, de façon intuitive, l’approche systémique  et globale de la structure chez l’être humain en valorisant les interrelations de la structure et de la fonction,
  • En la nommant ainsi, il a développé l’influence de la structure squelettique sur le fonctionnement du corps ainsi que sa dépendance à celui-ci, interrelation qui se trouve confirmée par le développement récent de travaux biologiques concernant la moelle osseuse ou encore le rôle hormonale de l’os, dépassant ainsi le concept mécaniste de l’os tel qu’il était considéré,
  • Il a également ouvert le champ d’investigation et de questionnement sur le rôle du tissu connectif, le fascia si différent d’un simple tissu conjonctif de remplissage,
  • Il offre à chacun la possibilité de tendre la main vers l’autre sans exclusive  ni jugement, simplement pour l’aider à mieux vivre sa vie.

Ses successeurs ont participé à développer la pratique et la connaissance de l’ostéopathie et ont permis sa vulgarisation et sa généralisation planétaire. Il reste encore beaucoup à comprendre dans le message philosophique qu’il nous a laissé, ne serait-ce que pour nous permettre, en s’appuyant sur le socle scientifique actuel de corroborer,  d’approfondir ses observations.

Il paraît difficile d’imaginer que l’élan qui accompagne le développement de l’ostéopathie puisse s’essouffler ou s’interrompre un jour, tant elle offre une pratique respectueuse de l’identité du patient, peu de iatrogénicité ni aucun risque environnemental.

Un siècle après la disparition d’A.T. Still, l’Ostéopathie qu’il a découverte et formalisée rayonne de potentialité de progrès et de partenariat avec le monde de la santé de plus en plus riches pour le bien de nos patients.

Nous continuons à creuser de plus en plus les fondements de l’Ostéopathie avec une reconnaissance infinie pour le legs à l’humanité que nous a offert A.T. Still surnommé le « Vieux Docteur » par ses étudiants, ses patients et son entourage. Il nous appartient maintenant de continuer à brandir la bannière de l’Ostéopathie qu’il avait érigée en 1874.

Bernard Schmitt, Ostéopathe

Source de l'image : Wikipédia : Doctor A.T. Still and American School of Osteopathy in Kirksville, Missouri. Dr. Still is instructing them in human anatomy while using a cadaver. This photo was scanned from E.M. Violette's "History of Adair County" published in 1911. It is in the public domain and not subject to copyright restrictions
Source de l'article : Linkedin

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