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cyrilcvphotoCyril Clouzeau, Ostéopathe - Refuser d’être professionnel de santé ? Naissance subjective d’un ulcère neuronal

Me promenant librement sur ce qui constitue à mes yeux, le panel informatif de l’ostéopathie française, j’ai cru choir, tomber de ma chaise, en lisant ces quelques lignes…sur la page web d’une grande association socio-professionnelle… (1) et, avec le temps, cela ne passe pas, alors pour ma cure psychanalytique et pour respecter la règle des émonctoires, je propose un billet d’humeur, car il y a matière à réfléchir.

Être ostéopathe, avant 2002 cela signifie pour moi avoir un numéro d’adhérent au Registre des Ostéopathes de France, car si la formation est de qualité, en six années après le baccalauréat, la reconnaissance n’existe que par ses pairs, voire pères, puisqu’en mon singulier cas, Jean Peyrière et Jean-Pierre Dessaint, devenaient en plus de mes directeurs, mes parrains cooptants, et ambassadeurs d’une grande ostéopathie. Leur vision dépassait ce que j’étais alors capable de comprendre du futur de l’ostéopathie en France.

Ravi de mon matricule 987, je tente de saisir toute la portée d’une médecine bien particulière, bien subjective, pour laquelle je n’ai cessé de chercher ce qui la fonde dans sa spécificité, portant mon regard sur la perception originale qui la caractérise tout autant que ses nombreux paradoxes :

- Être autant appréciée des patients, et autant rejetée d’une médecine classique,
- Être née dans un pays dont le contexte historique et culturel a permis son émergence, et ne plus exister en tant que telle dans ce même pays 150 ans après
- Être fondée sur une pratique personnelle et subjective, tout en se réclamant d’une science, prenant références sur des programmes de la formation médicale, sans vouloir en être…

Oui, je suis de ces personnes qui ont été PCEM1 puis PCEO1, partageant les mêmes enseignants sur les bancs de la faculté de médecine que sur les chaises ou tables de l’école d’ostéopathie de Lyon… Ces mêmes professeurs convaincus que l’ostéopathie reprend le sens clinique que la médecine abandonne un peu au profit des techniques radiologiques qui oublient parfois le patient. Alors, penser l’ostéopathie médicale n’est peut-être pas l’exercice de style préféré des pionniers, mais une ostéopathie qui va vers sa reconnaissance par les faits qu’elle produit, la raison clinique qu’elle dégage, me laisse penser le rêve de mes parrains possible.

Comment penser ces paradoxes sinon de la difficile synthèse pratique qu’est l’ostéopathie, née d’un génial manipulateur coquin, médecin de formation, comme cela se fait aux USA en 1820, et qui va proposer une autre médecine dans un contexte qui mérite un certain regard.

Alors pour souligner la genèse de mon ulcère neuronal à lire qu’on ne veut être profession de santé, alors qu’il me semble que c’est la finalité de la quête administrative officielle de reconnaissance, je vais, librement, proposer deux hypothèses, qui, j’espère, susciteront débat. Pour oser le mouvement, pour rassembler autour d’un rêve de plus grande légitimité, pour un mouvement d’appel à union réflexive autour du projet d’une grande ostéopathie française. Car, malheureusement, depuis bientôt une année, je ne vois aucun mouvement ostéopathique, pas la moindre ondulation crânienne, aucun recoïl politique et administratif, hormis de vaines piques kinésithérapiques, et des propos chiropraxiques mal compris, alors qu’ils pourraient compléter notre compréhension du métier que nous exerçons. De petites batailles de chefs, de petites querelles d’euros, de farouches conflits d’école, ou de clocher, qui ne servent qu’à réduire nos rêves, nous, les jeunes exclusifs, nous, qui pensions à une ostéopathie clinique appuyée sur un partenariat médical. Sommes-nous à vos yeux des praticiens utopistes isolés ? Je sais ne pas être seul à penser parfois la tristesse qu’évoque la lecture de rapport d’assemblée générale, car osant un sondage en juillet 2017, je peux proposer que nous sommes au moins plus de mille à vouloir un futur professionnel.

Qui pense que tout est acquis, et que nous, ostéopathes exclusifs, sommes par cette nouvelle appellation, plus valorisés que notre ancien terme « ni-ni ». Enfin, que la lutte reprenne, et si un statut professionnel me plait, c’est celui des psychologues cliniciens, ou mieux encore, des maïeuticiennes, vraie profession médicale à compétences définies. Voilà qui se lit mieux : à compétences définies… avec imaginons, pour l’ostéopathe, une possibilité de prescription limitée : pouvoir, par principe de sécurité, être autorisé à demander une radiologie, une échographie, voire une biologie ne ruinerait pas la philosophie de l’ostéopathie. Car même si seuls les tissus savent, ils ne savent pas tout. Et, pourquoi tant d’heures d’hématologie, d’immunologie, en cours de PCEO si ce n’est pour pouvoir l’appliquer concrètement un jour à comprendre que notre patient est bien un patient de l’ostéopathie ? Pourquoi des cours de radiologie avec de très grands enseignants, si ce n’est pour penser pouvoir recevoir de façon éclairée la lecture d’un cliché avant manipulation d’un os pour lequel, une douleur à la palpation nous faisait douter ? Mais pourquoi tant de théorie si l’ostéopathie n’est que pratique ? Mais pourquoi tant d’heures reconnues, plus de 4500 si c’était un don ? Pourquoi une déontologie si on ne pense pas ? Enfin… dans quel monde désenchanté vivons-nous ? Le pire c’est que j’y crois encore, je suis sûr qu’il existe des voies, des artères sublimes à emprunter, avec, par exemple, notre premier député bientôt ostéopathe, avec des nouvelles énergies humaines, qui, avant de les penser durables, doivent porter un projet qui fédère autour d’un rêve commun à rendre réel. Nous ne cessons d’avancer par petits pas, le 20 juillet 2016 nous entrions dans le cadre juridique du secret médical. L’arrêté du 18 avril 2017 inclue les ostéopathes exclusifs au répertoire partagé des professionnels intervenants dans le système de santé. Reprenons, NOUS sommes soumis au secret médical donc… est-ce si secret de penser que nous continuons à avoir la couleur, la forme, la vue, le toucher, d’une médecine sans en être une ? Nous sommes soumis à beaucoup d’obligations de professions de santé, et nous voudrions avoir les obligations sans en avoir le statut légitime officiel ? Mon ulcère… m’indique que même la loi dite anti-cadeaux s’appliquerait à nous depuis le 1er juillet 2018… être comme, sans vouloir être, parce que on veut bien être mais si on est avec un statut à part, voilà, toujours être différent, unique… Soignons-nous ! ou faut-il que j’écrive ces mots ainsi : Soignons-nous ?

Le 3 juillet 2017, 270 étudiants associés à 723 ostéopathes exclusifs exerçant depuis moins de 10 ans, répondaient, via un sondage personnel google-docs, vouloir pour 76,3 % une évolution du statut professionnel de l’ostéopathe, vers un statut médical (273 soit 25,4%), un statut paramédical (386 soit 35,9%) ou vers un statut spécial de profession de santé (462 soit 43%). Voila de quoi soigner mon ulcère neuronal…

Si combat il n’y a, alors, peut-être penser anecdotiquement comment s’est construit notre ostéopathie, et si malheureusement je n’ai pu connaître Andrew, car je ne suis pas né à la bonne époque, je me plais à lui penser une roublardise digne des plus grands génies !

Qui ne sait pas que l’ostéopathie est née le 22 juin 1874 à 10h ?

Qui ne sait qu’Andrew, puisant dans ses souvenirs, n’a écrit qu’à partir de 1895 au moins, dans un contexte où, l’ostéopathie se développant à vitesse non régulée, il a été poussé à rassembler tout ce qui peut caractériser sa fille, son osteopathy, sa science, basée sur de l’anatomie, scrutée de la raison humaine en des principes dits philosophie, pour proposer aux humains de penser leur santé. Dans cette urgence, lire le 22 juin 1874 m’évoque deux astuces, les figures de Still que je soumets à votre réflexion critique :

- 22 juin ? Mais quelle est cette date sinon celle du procès de Galilée, devant abjurer et réfuter sa théorie, avant d’être condamné à prison à vie, et glissant son fameux « et pourtant elle tourne… » en 1633.

- 1874 ? XIX siècle américain, où la médecine classique définie allopathique par le groupement des médecins homéopathes venus à New-York, est obligée de s’organiser en Américan Medical Association, en … 1847.

Et alors ? Andrew, contre le principe thérapeutique de cette médecine américaine « héroïque » du Middle-West, qui, grâce aux progrès industriels et techniques devient experte en diagnostic mais reste en retard thérapeutique, propose de fonder l’ostéopathie, voire plus humblement de proposer la synthèse d’une nouvelle approche médicale, basée sur les principes des lois de la nature, des lois physiques, mécaniques et rationnelles en portant indirectement procès à l’ésotérisme qu’il réfute, offrant une base galiléenne à l’osteopathy (22 juin) et une contre-pensée à la médecine classique de l’AMA (1847) en inversant les deux derniers chiffres pour créer une date symboliquement géniale, donnant à penser tout ce que porte l’osteopathy, née un 22 juin 1874…

Spéculation ? Oui, hypothèse ! Évidemment, pour avancer vers ce qui restera toujours à côté de la médecine, en complément du soin organique, offrant une approche écosystémique, globale, devant pouvoir s’écrire dans un livre du code de la santé publique, car, quand la moitié d’une population d’un pays consulte, alors je pense qu’on peut dire que c’est une affaire de santé publique, qui mérite largement d’être une profession de santé.

Au-delà de mon engagement à penser l’ostéopathie, belle et simple, une ostéopathie que je commence à comprendre, approchant de vingt années de pratique exclusive, je lance un Cranial Rythmique Impulse, pour imaginer que nos associations socio-professionnelles (ou juste association sociales pour celles qui ne veulent pas de profession) ont une stratégie, une Stratégie Fédératrice Déontologique de l’Ostéopathie, afin de conduire notre art, vers un statut de médecine, une autre médecine, identitaire et complémentaire, et me faire rêver, en pansant l’ulcère né d’avoir lu cette déplorable communication le 12 octobre 2018 à 3h43…

Être une profession de médecine plutôt qu’une profession médicale ? Est-ce le compromis générationnel à promouvoir ? Tant que l’ostéopathie est pensée comme médecine, est pensée grande et ambitieuse, clinique, raisonnée et opposable par des faits comme mes parrains me l’ont apprise, tant qu’elle n’est pas commerce et promotionnelle de bien-être en concurrence de techniques artistiques farfelues expliquées par d’originaux gaulois, oui. OK, mais ce n’est que mon avis, car après tout, le dernier des paradoxes de notre ostéopathie est bien de compter plus de praticiens libres, non investis, non engagés, osons 20.000, que de praticiens membres des 5 à 6 associations socio-professionnelles, qui totaliseraient 5.000 ostéopathes exclusifs ?

Comment soigner le manque d’investissement dans ce parcours de légitimation de notre art de soigner ? Comment retrouver des leaders qui motivent et donnent envie par des projets ambitieux mais réels et pratiques qui correspondent aux attentes des nouveaux ostéopathes ? N’est-il pas temps, de penser que certains pourraient se reposer de leurs victoires et combats passés, avec respect et les honneurs qu’ils méritent, pour laisser émerger une nouvelle impulsion, fidèle à ce que l’agora plébiscite, au lieu de laisser penser qu’une oligarchie pourrait décider pour la foule ? Si quelques 71 mentors potentiels ont provoqué mon ulcère neuronal, je nous sais plus nombreux à croire encore que notre ostéopathie sera un jour médecine, et disons que je préfère mon 3 juillet 2017 avec 993 ambitieux que ce triste 12 octobre 2018 avec une poignée d’anciens avec qui j’avais autrefois, avant 2002, avec mon matricule 987, marché sur Paris, en chantant notre ostéopathie avec et derrière ces portes drapeaux, derrière ceux qui m’ont fait rêver, et qui, depuis mon ulcère ne portent plus rien.

En fidèle d’une ostéopathie clinique, cette autre médecine, et dotée d’un potentiel d’auto-guérison comme d’auto-dérision, je vais ajouter que la fonction créé la structure, tout autant que la structure gouverne la fonction. Cette transduction biomécanique ou mécano-morphogénèse m’ouvre les perspectives globales d’une pratique manuelle clinique unique, tellement riche quand on rencontre le patient, qu’il faudra bien, que ce corps naisse un jour, entamant sa longue route vers la maturité professionnelle que réclame notre art. Ni devin, juste humain, ni prophète, juste adepte, ni malade, juste déçu, j’ose avoir un rêve, et pouvoir le vivre.

2002, 2007, 2014, en 2019 viendront les agréments d’écoles (sans aucune visite étatique), alors si nous jouons sur les chiffres comme sur les maux, en un geste de haute vélocité et faible amplitude, je propose, que l’ostéopathie soit une nouvelle profession de santé, le 22 juin 2024.

Cyril CLOUZEAU

Notes

1. SFDO : Le congrès 2018 : la profession assume sa position, accessible à : https://www.osteopathe-syndicat.fr/le-congres-2018-la-profession-assume-sa-position.

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