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fasciapraxieLa Fasciapraxie : Une Ostéopathie tissulaire en mouvement…

Les Fascias sont au cœur de l’approche philosophique et pratique de l’ostéopathie. N’oublions pas l’étymologie du mot ostéopathie créé par A.T. Still venant de la langue grecque ancienne :

 « Ostéon » qui signifie l’os mais aussi la fibre, le tissu et « Pathos » la souffrance. Notre langue française qui a emprunté beaucoup de termes grecs, entretient une ambiguïté sur ce terme, notamment avec l’incomplète équation os-ostéopathie. Rappelons que pour la langue anglo-saxonne os se dit  «  bone », à mille lieux de ce contre sens.

Le fascia est donc véritablement inclus dans « l’ostéon » de l’ostéopathie. C’est à ce titre qu’il mérite une approche approfondie, fouillée et scientifique, loin d’approximations sans étayages scientifiques comme cela a été le cas pendant longtemps. Aujourd’hui cela est nécessaire autant pour donner une solidité thérapeutique pratique et théorique que pour instituer un dialogue dans des concepts communs avec le monde scientifique et médical.

C’est ce que propose la fasciapraxie.fasciapraxie imag01

Le travail des fascias est encore actuellement dominé par ce que l’on appelle  « les déroulements tissulaires », techniques où l’on suit une chronologie de chemins tissulaires pilotés par des processus bioélectriques comme la piézoélectricité inscrits dans le corps. Becker, Upledger et bien d’autres ont énormément utilisé ce type de pratique. L’approche de l’écoulement des densités tissulaires chère à Pierre Tricot est aussi très usitée.

Les points d’arrêt et les armés tissulaires

Or il existe une autre voie d’accès aux processus des réparations tissulaire initiés en ostéopathie:

- S’appuyant sur les recherches de ces trente dernières années concernant l’histologie et la physiologie des tissus conjonctifs, la fasciapraxie a mis en place un ensemble de techniques utilisant d’autres leviers tissulaires.
- Ce sont des techniques d’armés tissulaires où le thérapeute réalise une série de points d’arrêt à ces déroulements afin de favoriser le déclenchement de réorganisations tissulaires au sein des fascias, fibres d’élastine, de collagène, modification de la substance hydraulique fondamentale, (comme on le voit si bien dans les films du Dr Guimberteau). Le thérapeute se situe à la porte des déclenchements des processus mais ce sont les tissus qui eux-mêmes mettent en route leurs propres réorganisations tissulaires.

C’est en cela une attitude philosophique et pratique totalement ostéopathique.fasciapraxie imag02

Les propriétés physiques des fascias de réorganisations tissulaires

- Les différentes propriétés des tissus sont la viscoélasticité, l’hystérésis, la thixotropie, la piézoélectricité aussi bien dans l’os ou plus exactement les fibres des ostéons au sein de l’os que dans les fascias, mais également jusqu’au au niveau du cytosquelette de la cellule. L’explicitation de ces propriétés tissulaires et leurs chevauchements en permanence dans le vivant mériterait de longs développements. Tout ceci est la traduction de cette activité permanente des tissus du corps, réamorcés sans cesse par les ostéoblastes et les fibroblastes depuis la naissance jusqu’à la fin de la vie.
- Dans le travail de fasciapraxie, le thérapeute n’est pas inductif, simplement par son geste de point d’arrêt et également son attitude d’écoute circonstanciée du choix d’action des tissus, il permet au corps de déclencher ses propres processus de réorganisations tissulaires, (ce que le corps fait d’ailleurs en permanence aussi bien de manière physiologique que pathologique tous les instants de sa vie).
- Ce raisonnement et cette pratique ont amené des concepts nouveaux comme les ralentissements tissulaires, se substituant au concept de lésion ostéopathique ne rendant pas assez compte de tout ce chevauchement des réactions physiologiques et histologiques se produisant dans le corps, mais aussi les concepts de verticalité tissulaire, de coulissages tissulaires, du toucher périosté, le concept des 3 tubes, etc..

La microcirculation dans le corps et la Vasomotionfasciapraxie imag03

- Mais le corps n’est pas que cette organisation antigravitaire aussi bien statique que propulsive, il est aussi sous la dépendance primordiale du système vasculaire et du système nerveux.
- À l’issue d’une expérimentation princeps cherchant à expliciter le MRP menée en commun avec la faculté de Sciences de Reims et le CHR de Reims (1), l’importance du rôle de la microcirculation s’est fait jour. En effet au lieu d’accorder un rôle prépondérant au LCR dans la motilité des tissus du corps, aberration dans une optique scientifique d’hydraulique corporelle, il a fallu se rendre compte du rôle primordial de la microcirculation dans l’animation de cette motilité, c’est ce que des chercheurs américains dans les années 80 ont appelé la Vasomotion.
Voici la définition du professeur Marcos Intaglietta, découvreur de la vasomotion ;

« Ce sont des ondes vasomotrices spontanées de contraction et relaxation dans la microcirculation, indépendantes du rythme systolique » (2)fasciapraxie imag04

Cette vasomotion entre 7 et 10 cycles par minute se produit dans tous les tissus et parenchymes du corps : muscles, organes, parenchyme cérébral, réseau piemérien et duremérien, et bien sûr os, car c’est une nécessité vitale de propulser les hématies dans l’environnement de la cellule dans le gigantesque réseau de la microcirculation dans tout le corps.

L’abandon de ce dogme figé du MRP, grâce à cette expérimentation, a remis au centre de la fasciapraxie le concept stillien de la loi de l’artère, et de son complément contemporain la loi de la microcirculation.
L’abandon de ce dogme figé a permis aussi d’envisager :

Le rôle primordial du système neurovasculaire

Soit : L’articulation-vascularisation des tissus / trophicité tissulaire / neuroréactivité des tissus :

- En effet, le rôle de la vasomotion dans la motricité tissulaire peut être modulé, selon les recherches sur les rythmes de la microcirculation, par le système neurovasculaire orthosympathique, mettant en relation trophicité tissulaire et réactivité aux stress exogènes et aux stress endogènes neuro émotionnels et leurs inscriptions dans les tissus.
- C’est pour l’approche de fasciapraxie un pas nouveau permettant de comprendre comment des processus de vasoconstrictions sous la dépendance du système neurovasculaire peuvent affecter la trophicité des tissus, leur densité ou leur raideur (selon le vocabulaire ostéopathique ou scientifique employé).
- C’est mettre le système nerveux autonome dans une relation directe avec les fascias (en plus bien sûr de tous les processus de réagencement de cette belle mécanique tissulaire complexe des fascias comme le nomment les scientifiques).
- Cela ouvre la voie à une approche des fascias plus fine en relation directe avec cette inscription neurovasculaire des stress dans le corps, où l’on va dialoguer par un toucher plus subtil avec le système de vigilance archaïque reliant les fascias via le système sympathique à l’hypothalamus et les amygdales centrales.
- C’est ce que l’on appelle en fasciapraxie le toucher de la conscience tissulaire (conscience car il y a cette connexion avec le système limbique de défense et de protection).

La fasciapraxie et la neurochimie tissulaire

vasomotion modulationDès que l’on aborde le système duremérien (le « fascia duremérien » peut on dire), l’on est frappé par ce grand retentissement d’apaisement neurosensoriel qui s’installe dans le corps.

Comment l’expliquer ?

Là encore ni la belle mécanique tissulaire ni le système neurovasculaire ne peuvent totalement rendre compte de cela. Il faut intégrer les apports des neurosciences de ces 20 dernières années pour comprendre :

- que notre toucher interpelle une neurochimie de l’apaisement mettant en route toute cette série d’endomorphines découvertes dans le corps, des pro-opioïdes, la sérotonine, etc.
- mais qu’il interpelle aussi une neurochimie de la vasodilatation vasculaire synonyme de « déconstriction tissulaire», une autre forme d’apaisement vasculaire, cette fois-ci mise en route par d’autres peptides comme la vasopressine, la vaso intestinale peptide (VIP), etc.
- l’action de cette neurochimie est sans doute un début d’explication des réactions à long terme de notre geste ostéopathique, car « les neurotransmetteurs peptidiques produisent généralement des effets à évolution lente et de longue durée sur les neurones poly synaptiques ».

Comme Monsieur Jourdain, du Bourgeois Gentilhomme de Molière, qui faisait de la prose sans le savoir, nous, ostéopathes déclenchons par nos touchers quantités de réactions dans le corps dont nous n’avons pas la moindre curiosité… Il est au contraire primordial en ce début de vingt et unième siècle de sortir des dogmes passéistes (comme le MRP) qui nous figent et nous éloignent des réalités contemporaines histologiques, physiologiques et neurochimiques d’aujourd’hui, pour aller vers des modèles d’explications théoriques nous permettant d’étayer notre geste pratique (la praxie en grec ancien est la pratique et la réflexion sur cette pratique) et de faire avancer l’ostéopathie de manière scientifique.De boeck neuroscience

C’est ce que fait résolument la fasciapraxie.

Yves LAVAL, Ostéopathe D.O
Auteur du Carnet du Toucher, Éditions Dangles 2012
Formateur en Fasciapraxie - http://www.fasciapraxie.com
Publications sur la Fasciapraxie

Notes

(1) Publié dans Apostill n°10, 2002, journal de l’Académie d’Ostéopathie de France (AOF) :
« Mesure des rythmes tissulaires de la microcirculation crânio-sacrée » Yves LAVAL et collaborateurs.
« Mécanisme Respiratoire Primaire ou Mécanisme Rythmique Pressionnel ? » Yves LAVAL et AREDOE. (Une étude scientifique sur la validité des rythmes tissulaires).

(2)  « Vasomotion et modulation du flux dans la microcirculation » Marcos INTAGLIETTA, Karger Éditions 1989 - http://www.karger.com/Book/Toc/221738 (en anglais) Satellite Symposium of the Annual Meeting of the Microcirculatory Society, Las Vegas, Nev., April 1988

Autres publications

« Mesure des rythmes tissulaires de la micro-circulation crânio-sacrée : de l’approche manuelle ostéopathique à l’expérimentation scientifique » en collaboration avec l’AREDOE et le Laboratoire d’Automatique et de Micro-Electronique de la Faculté des Sciences de Reims (G VILLERMAIN-LECOLIER et P BILLAUDEL).
Publié dans la revue de la SOCIETE de BIOMÉTRIE HUMAINE et ANTHROPOLOGIE Biom.Hum.et Anthropol.,17, p.79-84 - Avec le concours du CNRS. - http://www.gerard-longuet.com/sites/default/files/biometrie-humaine.pdf

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