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ladyhoop logoITW Fabrice Nocera :
« Mon rôle d’ostéopathe est de redonner de la liberté »

Interview de Fabrice Nocera, Ostéopathe qui suit l’ASV Villeurbanne (championnes de France NF1) coachée par Virgine Kevorkian, et les pros de Lyon Basket Féminin coachée par Marina Malljkovic.

Le Site de l'Ostéopathie remercie Mme Syra Sylla et le site Ladyhoop de l'avoir autorisé à publier cette interwiev.

=> Source de l'article : Lagyhoop, LFB, WNBA, NCAA – Toute l'actualité du basket féminin

Fabrice-Nocera-1-700x350 Ladyhoop : Lors du premier stage, comment gère-t-on le fait que les filles ne sont pas dans le même état physique ? Certaines sont en vacances depuis un moment, d’autres ont terminé la saison depuis peu…

Fabrice Nocera : La question essentielle est d’individualiser les approches pour arriver à avoir tout le monde au même niveau… et au top ! C’est surtout grâce à la préparatrice physique qu’on y arrive. I faut savoir qu’il y a eu un gros travail en amont, c’est-à-dire avant même le premier stage pour concevoir et structurer les périodes de préparation. Les joueuses ont reçu un programme personnalisé qui tient compte de leur saison et de quand elle s’est terminée… Dans les stages proprement dit, on ajuste chaque jour les soins ou exercices à l’etat de santé ou de forme de chacune, l’idéal étant que tout le monde aille bien au même moment, et en Turquie de préférence ! On a « notre » ironwoman » à l’éternelle jeunesse : Sabine Juras. C’est la fille qui te fait faire des trucs dont tu ne te croyais pas capable sans que tu t’en rendes compte ! Trop forte !

J’ai vraiment de l’admiration pour les joueuses… D’abord, il faut être super intelligente vu la quantité incroyable d’informations simultanées qu’elles doivent traiter. Ensuite, il faut un équilibre extraordinaire entre puissance et contrôle. Et puis il y a l’élégance de la fille qui te dit : « Ca va, la douleur n’est pas insupportable, je gère » avec un sourire désarmant, et beaucoup de volonté. Jamais elles n’hésitent à encourager ou féliciter une coéquipière même si par ailleurs elles seraient en concurrence. La grande classe. La bonne image des Braqueuses, ce n’est pas que de la comm’, elles la méritent.

Ladyhoop : C’était quoi le programme de ce premier stage à Limoges ?

F.N. : Un stage de préparation c’est particulier. On attend les matches de préparation (Angola/Brésil) avec impatience. Il faut bien comprendre qu’on dit toujours « les Braqueuses » mais qu’il y a un énorme renouvellement avec beaucoup de nouvelles joueuses. La coach construit ou reconstruit l’équipe tout en étant garante de l’identité et de la transmission des valeurs qui ont fait sa force. C’est très clair dans son discours et dans ses actions.

Donc il faut faire en sorte que l’équipe soit plus forte que la somme des individualités, que certaines aient des selections à trois chiffres, et d’autres pas du tout, que tu aies fait toutes les sélections de jeunes ou pas… Chacune apporte sa pierre à l’édifice. C’est comme une construction et Valérie Garnier est l’architecte ! L’une apporte sa vitesse, l’autre son expérience, sa jeunesse, son tempérament. Tout le monde est impliqué, et tout ça ça fait l’Equipe de France ! C’est ça qui est beau.

Au quotidien c’est moins lyrique : entraînement, repas, sieste, entraînement, repas, soins !

Ladyhoop : Tu récupères beaucoup de bobos sur ce stage ? Plus que sur les autres ?

F.N. : Pas plus de bobos que d’ordinaire. Tout le monde est sollicité mais tout le monde est vigilant : le staff medical est « sur le banc  » lors des entraînements comme en match. On peut ainsi intervenir immédiatement ou fixer un rendez-vous pour l’aprés-midi ou le soir même.

Ladyhoop : Les compétitions internationales, c’est souvent 15 jours de compétition avec des matches tous les jours. Physiquement, comment le corps arrive à tenir ?

F.N. : Comme je l’ai dit, les interventions sont immédiates, les stratégies thérapeutiques sont définies tres rapidement par le doc et la coordination est efficace. Il n’y a pas de temps perdu. Et puis ce sont des joueuses de haut niveau avec un corps entrainé et préparé. On peut penser qu’elles récupèrent plus vite et mieux que Mr Tout Le Monde. Il n’y a pas de secret… Sauf peut-être l’extraordinaire personnalité de telle ou telle mais ça c’est heureusement inexplicable. On en « profite », on admire, c’est tout. Le secret, c’est « la préparation »!!! Au niveau médical , le staff c’est comme un commando : il y a les moyens materiels (fournitures et appareils), et humains. On obtient un rendez-vous d’IRM pour le lendemain si nécessaire, on est fixé tout de suite.

Ladyhoop : Sur les stages, j’imagine que ton rôle est de préserver le bon état physique des filles. Quoi d’autre ?

F.N. : Mon rôle d’ostéopathe est de redonner de la liberté : la redonner à un muscle spasmé, à une vertèbre « coincée ». C’est de débloquer la situation pour que la joueuse puisse exprimer tout son potentiel. La règle c’est que si c’est bien pour elle, c’est bien pour l’équipe. Il y a des interventions préventives car on connait le « terrain » de chaque joueuse, et des interventions suite à un choc, une chute etc… Bien sûr c’est différent du cabinet au quotidien. En EDF, tu peux être en soins à deux heures du matin… Il y a le match à 20h45 par ex, la presse, les étirements, le bain froid, les signatures pour les fans, le retour, le repas…. C’est « night session » après !

Moi j’ai de la chance c’est tout juste si je prends ça comme un travail, il y a mille fois plus de satisfactions que de contraintes. Quand une joueuse sort du terrain la cheville douloureuse, que tu la manipules à peine la chaussette enlevée, la kiné ayant déjà apporté la glace, qu’elle se remet à trottiner, puis rentrée en jeu elle galope à la possession suivante et qu’elle te fait un petit signe en se repliant en levant le pouce, tu es largement récompensé. C’est comme une émotion, tu es juste content pour elle !

Ladyhoop : Comment fonctionnes-tu avec le kiné notamment ?

F.N. : J’ai eté très bien accueilli par les kinés, super compétents et au sens de l’organisation infaillible. On sait qu’on est là pour les filles et pour l’équipe. La coopération est naturelle. La manipulation, le massage, l’étirement, la physio (appareils), c’est débattu très rapidement avec pour seul but l’efficacité maximale. Il n’y a pas de notion de concurrence comme on peut en voir en exercice de ville, tout le monde se coordonne, médecin, kiné, ostéo. Et aussi avec la préparatrice physique qui fait l’interface avec le terrain.

Ladyhoop : Le passage aux soins est obligatoire pour les joueuses ?

F.N. : Rien d’obigatoire, sauf les bilans faits dès le mois de mai à l’INSEP. On s’efforce d’individualiser au maximum, et de répondre aux besoins. Alors il y a des abonnées à la salle de soins, et d’autres qu’on ne voit que très peu. Le terrain décide parfois : chutes, chocs lors des contacts, entorse… Le staff peut aussi dire à une joueuse : « Je pense que ce serait bien qu’on te voie ce soir. » Mais c’est de l’ordre de la proposition et du conseil.

Ladyhoop : Ca t’est déjà arrivé de voir une joueuse qui n’a pas eu besoin de toi de toute une compétition ?

F.N. : Tu peux voir une joueuse 45 mn, ou quelques instants sur la touche. Donc on doit voir à peu près tout le monde, on est là pour ça !

Ladyhoop : Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton parcours et ta situation actuelle ?

F.N. : J’avais déjà soigné des vainqueurs de Coupe Davis (joueurs du top 10), des médaillées olympiques (natation), des danseuses, des musiciens, des internationaux (ski, biathlon, hockey)… Chaque chose apprise dans un domaine améliore ton approche des autres disciplines. C’est particulièrement vrai entre artistes et sportifs : même angoisse vis-à-vis de la blessure, leur corps étant leur instrument de travail. Même questionnement « pourrais-je jouer samedi? ». Même crainte d’être remplacé, oublié. Même rapport avec la presse, les agents, la notion de spectacle… Les grands artistes sont des sportfs de haut niveau (7 heures de violoncelle par jour !!!), les grands sportifs sont des artistes à leur manière en ce sens qu’ils doivent « performer » et créér.

J’ai fait toute la campagne de l’Eurobasket 2013, une experience inoubliable. Même la finale… C’était la première fois qu’il y avait un ostéo pour les filles officiellement car aux JO de Londres en 2012, les joueuses avaient bénéficié des soins de l’ostéo des garçons. Après la médaille d’argent et le changement de statut de l’équipe, je crois que la demande d’ajouter un ostéo au staff de l’EDF Féminine est venue des joueuses. J’ai donc été ce premier ostéo pendant les deux mois de la campagne de l’Euro 2013, et j’en suis très fier ! C’était en quelque sorte un symbole de la reconnaissance de l’équipe féminine comme égale de son homologue masculine. Pour les femmes, on sait que c’est l’histoire d’une longue conquête, et c’est l’honneur du monde sportif que d’en être à la pointe. Ensuite c’est avec un grand plaisir que j’ai reçu ma convocation de la COMED (commission médicale) de la FFBB pour 2014.

Aujourd’hui, je vois plus de basketteurs ou basketteuses que de  joueurs de tennis (la dernière aux alentours de la 110ème place WTA) et je suis l’ASV Villeurbanne (championnes de France NF1) coachée par Virgine Kevorkian, et les pros de Lyon Basket Féminin coachée par Marina Malljkovic. A croire que je me « spécialise » dans les coaches féminins. Avec Valérie Garnier, elles ont en commun un souci du détail extraordinaire ! Elles savent qu’en visant la perfection, tu te donnes des chances d’atteindre l’excellence !

Ladyhoop : On s’attache forcément aux joueurs/joueuses ? Tu as une préférée ? Une tête de mule ? Une tout le temps blessée ?

F.N. : Chaque joueuse est vis-à-vis du staff medical une patiente avant tout : donc on ne s’occupe pas du statut, des sélections, de l’image etc… Chacune a le droit d’être soignée au mieux et nous c’est notre devoir. En plus, nous sommes très vigilants sur le respect et le secret médical : c’est la théorie des cercles concentriques. D’abord la joueuse et le praticien puiqu’elle est au coeur de la problématique, puis le staff medical, puis le staff technique, head coach en particulier, puis l’attaché de presse si nécessaire. Aucune info ne sort sans la validation de la joueuse et de ces dfferentes « étapes ». C’est la condition absolue pour que la confiance règne. Le respect de la déontologie et le respect de la personne sont liés. Mais il y a des rires plus sonores que d’autres en salle de soins, c’est sûr.

Il y a en general deux salles de soins. Pour qu’il y ait de la place pour la bonne humeur et la décompression d’une part, et la tranquillité nécessaire si besoin. L’anneé dernière, une joueuse, et pas n’importe laquelle, avec qui j’avais travaillé tout à fait normalement, est venue me dire à la toute fin d’une soirée « Je voudrais te dire quelque chose. Tu m’as permis de rester debout. Merci » !!!! Alors là tu te sens tout d’un coup tout léger, ce qui pour moi relève de l’exploit.

Le staff c’est une équipe au service de l’équipe. Pour 2014, il y a : 2 médecins présents alternativement, 3 kinés dont deux présents simultanément, 2 ostéos présents alternativement aussi. Donc à chaque stage : 4 personnes. Pour le staff technique, c’est la head coach, la préparatrice physique, 2 assistants, le manager general, l’assistant video, l’attaché de presse. Donc 11 membres du staff pour 12 joueuses en configuration championnat du monde. Chacun a sa place car chacun est important dans le dispositif et a le droit d’exister. Chacun reste à sa place car personne n’empiète sur les prérogatives de l’autre inutilement, sauf à sa demande ou pour le bien de l’équipe. C’est exactement comme sur le terrain, chacun accomplit son devoir et chacun doit être disponible pour le dépasser si la situation l’exige.

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