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Science… ou… Ostéopathie ? Auteur : Pierre Reneaudeau - Ostéopathe DO MROF

Récemment, un article sur le MRP (1, ci-dessous) a déclenché une réaction, véhémente et empreinte de supériorité (2, ci-dessous : Quand l’ignorance devient propagande…) quand à la validité scientifique de cas comme celui de l’article initial (Le MRP, à n’en plus douter).

Sans pouvoir contester, face à un spécialiste de la recherche, le peu de fiabilité que représente un cas unique, il convient néanmoins de se poser une question fondamentale, pour le devenir de ce que nous pratiquons. Faut-il s’en remettre aveuglément à la science, ou à la tradition, pour avancer et évoluer ? Par le passé d’autres disciplines se sont heurtées au même questionnement, et Andrew Taylor Still lui-même, sans renier la science, s’est détourné de la science de son époque car elle ne répondait visiblement pas à certaines questions. Pourquoi un tel paradoxe ? La science est-elle multiple ? Y a-t-il une science des Ostéopathes ? Une science des Médecins ? Une science des biologistes ?

Bien évidemment non ! Et il ne tient qu’à ces diverses professions que la science, à priori une et indivisible, ne se montre sous divers visages selon l’interlocuteur. Et c’est bien là où le bât blesse. L’interlocuteur. Le facteur humain. Et ce facteur humain fait qu’il y a en science deux courants de pensée : L’un se définit comme posant la science au service de l’homme (et de la femme), et garde l’humain comme prépondérant à la science, le maître de cette science vue comme un outil. L’autre a tendance à prôner que la science résoudra toute question et toute énigme et pose celle-ci comme prépondérante sur l’être humain, qui doit s’adapter, se soumettre à celle-ci, la science devenant maîtresse du destin de l’homme, comme une religion.

L’Ostéopathie est issue de la première tendance, dans laquelle les pionniers Ostéopathes ont remodelé le raisonnement scientifique de leur époque en partant du principe très simple qu’il comportait des failles et se vautrait dans l’erreur en prétendant tout expliquer, surtout dans un court terme. L’on retrouve à différentes époques les stigmates de ce comportement « scientiste » ou véritable foi irrationnelle en la science, considérée alors comme omnipotente, omniprésente, séquelle probablement des anciennes croyances dans les religions, elles-mêmes conséquences de l’angoisse existentielle des hommes, seuls animaux à avoir conscience de leur propre mort prochaine. Il est loisible d’imaginer le bienfait intérieur que peut procurer l’illusion que la science pourra tout résoudre, avec en filigrane évidemment, résoudre la mort, en comprenant un jour le mécanisme de l’horloge biologique interne de l’être vivant.  Mais ce raisonnement en lui-même n’est pas scientifique. En effet, il suffit de porter un regard sur l’Histoire de l’Humanité pour se rendre compte que la science n’est pas un dieu, ni une entité achevée, mais un art de l’esprit en pleine évolution, en plein devenir perpétuel. Et de la même façon que les médecins de Molière cherchaient pompeusement à tout expliquer avec leur science du moment, de la même façon, tous ceux qui prétendent expliquer l’existence ou la non existence d’un phénomène à l’heure actuelle, ne peuvent opérer qu’avec les connaissances actuelles, et avec leurs limites, contraignantes. Ne pas porter un regard sur ce paramètre limitatif est particulièrement non-scientifique.

Et, tout comme si l’on demandait à des scientifiques du 19e siècle d’évaluer avec les moyens de l’époque les capacités de plusieurs téléphones portables actuels, ce qui ne donnerait rien, faire des expériences qui montrent, comme aux Etats-Unis, que le MRP n’existe pas, parce qu’on n’arrive pas à le mettre en évidence dans les conditions de l’expérience, puis en profiter pour éliminer l’enseignement du crânio-sacré des collèges d’Ostéopathie, c’est faire preuve de fanatisme, de croyance absolue en une science inachevée qui prétend pourtant, sans humilité, pouvoir tout affirmer ou tout infirmer. Mais il est non-scientifique de ne pas considérer le fait que ces expériences peuvent être entachées d’une impossibilité à savoir mesurer ce que seul la main de l’Ostéopathe mesure actuellement. Tout comme nos scientifiques du 19e siècle, nous souffrons simplement de l’absence du « mètre étalon » qui permettrait de mesurer le MRP. Partant de là, il est scientifiquement possible de prouver que quelque chose existe, mais il est scientifiquement impossible de prouver que quelque chose n’existe pas, car l’on peut tout simplement avoir manqué des éléments de mesure adéquats, cela constitue une humilité de bon aloi de l’admettre. L’attitude contraire n’est que le reflet d’une croyance, d’une foi en la science, avec tous les excès que cela comporte.

Pour ce qui est de la question fondamentale qui nous intéresse, l’Ostéopathie est-elle scientifique ?, disons : pas plus que l’orthophonie, pas plus que la psychothérapie, pas plus (quoiqu’un peu quand même) que la Kinésithérapie, pas plus que la vaccinothérapie dans laquelle aucune politique d’envergure d’étude du système immunitaire n’a, à ma connaissance, vu le jour pour connaître les effets scientifiques imprévus de cette démarche thérapeutique initiée par Pasteur, qui reconnaissait lui-même à la fin de sa carrière que le terrain était finalement plus important que le germe…

L’Ostéopathie n’est pas plus scientifique que ces disciplines, mais elle ne l’est pas moins, s’appuyant avec force détails, transmissibles et enseignables, sur l’Anatomie, la Physiologie, et, bien sûr, pierre d’achoppement, la palpation. Elle partage avec la science la mise en équation  des paramètres ressentis, leur enseignement possible en international, et les résultats cliniques attendus en chaque cabinet, bien supérieures à l’effet placebo. Je n’en veux pour preuve que les statistiques personnelles que j’effectue ponctuellement sur mon activité. Du temps où j’étais Kiné, les résultats à considérer comme succès atteignaient péniblement les 60%, ce qui est à peine plus que le placebo, et l’Ostéopathie a élevé ce pourcentage à plus de 90% (les critères dans les deux cas étant disparition des douleurs motivant la consultation et reprise d’une fonctionnalité complète, en huit à quinze jours).

Elle diffère de la science par l’utilisation de facteurs subjectifs, humains, et donc critiquables.

Mais avant elle, la chirurgie (exercée dès le paléolithique), la phytothérapie, la dentisterie, sont passées par ce stade de l’observation, de la déduction, de l’établissement de règles transmissibles, puis de l’enseignement, permettant de soigner ou même de sauver des centaines voire des milliers de patients, tout ceci bien longtemps avant que la science ne s’avère capable d’expliquer le fondement de ces disciplines.

La science est postérieure à la connaissance et il en sera toujours ainsi car seule la perception, humaine par nature, attire l’attention sur un phénomène au point de l’étudier scientifiquement. Le MRP est un de ces phénomènes, décrit, ressenti, et exercé par des milliers d’Ostéopathes à travers le monde, avec des résultats qui constituent par leur nombre un consensus d’efficacité, et la science n’en est qu’aux balbutiements de pouvoir prouver cette mobilité d’une échelle de dix microns. Alors, elle ne peut en tout état de cause, infirmer voire supprimer comme aux Etats-Unis le MRP, et son vrai devoir n’est pas de prouver ou d’infirmer mais d’expliquer, dès que ce sera possible techniquement.

Tout ceci pour dire, et c’est le but de cet article, qu’il convient d’user de la science avec précaution et en ne perdant jamais de vue son but, qui est d’aider l’humanité et non de la diriger. La science peut en effet s’avérer dangereuse, le vitriol, dont la formule chimique a été explicitée au vingtième siècle peut ravager un visage, la bombe atomique, les bombes atomiques plutôt, peuvent éradiquer des milliers d’entre nous, et au final, la science non maîtrisée a transformé en un siècle notre monde… en poubelle, où l’on ne peut plus boire l’eau du sous-sol, l’eau des rivières, où l’on ne peut plus respirer dans certaines villes sans développer des pneumopathies, où 80% des aliments sont farcis de produits chimiques (très scientifiques) cancérigènes. Nous pataugeons dans les déchets de la science et il conviendrait de repenser un usage plus réfléchi de celle-ci, pour le bien de l’humanité.

Plus que jamais, la vigilance s’impose sur l’utilisation de la science, et nous devons à nos patients d’éviter le modèle américain, avec la suppression de l’enseignement crânio-sacré, jugé au pilori de la non validation scientifique qui fait que l’Ostéopathe américain n’a plus, si j’ose dire, à se casser la tête pour celle du patient. Que font alors ces praticiens sur les sinusites, les otites, les strabismes, les migraines et les névralgies du trijumeau ? Des prescriptions d’anti-inflammatoires ? Les patients ne sont-ils pas trahis quelque part par ce type de démarche ?

J’ai toujours eu quant à moi l’esprit scientifique, la curiosité, l’ouverture vers ce qui n’est pas connu et qui peut être exploré. Lorsque j’ai entendu parler du MRP la première fois en collège d’Ostéopathie, je ne suis pas tombé en pamoison, ni en béatitude. Mon premier réflexe a été le doute, puis, curieux, j’ai posé les mains sur les crânes, et là l’évidence s’est installée petit à petit : ça bouge effectivement. Et plus le temps a passé, plus j’ai pu remarquer, par moi-même, que ça bougeait effectivement comme l’avait décrit Sutherland, Magoun, Upledger, etc.

Désirant en vérifier davantage j’ai pris l’habitude de croiser les mains pour inverser les sensations, histoire de voir si « c’est pareil », ou de faire palper à des stagiaires l’anomalie détectée sans la révéler, ce qui a corroboré à chaque fois le côté trouvé en lésion. Et plus que cela, cela me donnait accès à des blocages, que je ressens toujours comme mécaniques, dont le déblocage débouche sur des améliorations cliniques, sans le pouvoir de la suggestion, puisque pendant plusieurs années je me suis volontairement limité à dire aux patients : On va essayer ça mais bon, on verra bien ! Mon scepticisme a duré longtemps pour ne diminuer qu’à mesure que les preuves thérapeutiques s’accumulaient et que les patients « guéris », selon leurs mots à eux, venaient de plus en plus nombreux vers cette nouvelle efficacité, jusqu’à m’offrir, comme à tous les Ostéopathes établis, les moyens de vivre de cette efficacité, seul gage de pérennité dans ce métier et seul obstacle sans doute pour les Kinés-Ostéos qui ne parviennent pas à faire évoluer leur art au point de se débarrasser de la Kiné, prescrite..

Au vu des nombreuses preuves factuelles accumulées en faveur de l’Ostéopathie et du MRP, il semble tout à fait scientifique de leur accorder une raisonnable présomption d’efficacité et d’existence. A charge pour le monde scientifique d’expliquer, quand il en sera capable, ce qui existe depuis si longtemps, comme il a fallu des siècles à l’humanité pour comprendre l’infarctus, les éclairs du ciel, ou l’électricité…Mais ne faisons pas du scientifique notre maître, car seul compte en définitive, l’être humain, sa souffrance et son soulagement.

Faire des recherches scientifiques pour démontrer que le MRP n’existe pas, parce qu’on ne le voit pas, n’est qu’une preuve de cécité et une trahison vis-à-vis des patients et de ceux qui ont, honnêtement, consacré leurs vies pour nous déblayer le passage.

Ma religion n’est pas la science, ni l’Ostéopathie d’ailleurs, mais bien plutôt le patient tant il est vrai qu’il constitue la seule et unique raison de notre existence de praticien. Et à chaque fois que nous soignons et soulageons une maman, un parent, nous la(le) rendons plus heureu(se)x et disponible à son environnement, que ce soit le travail ou la famille, et cela constitue un cercle de bien-être qui se répand autour de cette personne et profite aux proches, aux enfants, aux conjoints, aux collègues, et que nous avons initié en soignant.

La petite science actuelle ne peut éclairer plus que la portée de son phare, car nous sommes entourés d’une zone sombre de tout ce que nous ignorons, à priori aussi vaste que le cosmos, et qui ne peut encore être explorée. Être vraiment scientifique, c’est admettre et considérer d’abord l’étendue de notre ignorance, c’est replacer l’être humain au centre de nos préoccupations, c’est ne jamais placer le scientifique en Maître, mais au contraire asservir la science au bénéfice de l’humanité. Ce n’est qu’un outil. Et les recherches que nous devons faire, nous, Ostéopathes, si notre sens déontologique prévaut, doivent être au service du patient, pas au service de la science.

Confraternellement.

Pierre Renaudeau, Ostéopathe DO MROF


Notes

(1) En date  du 29 12 2010 : M.R.P : A n’en plus douter !

(2) en date du 4 01 2011 : Quand l’ignorance devient propagande ; l’ostéopathie et sa science du dimanche ! Auteur : Paul Vaucher, Ostéopathe suisse

Pour lire ces deux articles, cliquez ici


© Jean-Louis Boutin et le Site de l'Ostéopathie

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