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AAOJournal dec05Raymond J. Hruby (Rédacteur en chef) - Andrew Taylor Still et l’Ostéopathie dans le Champ Crânien (OCF)

Traduction française : Jean-Hervé Francès Ostéopathe MROF – Note de fin de Pierre Tricot.

Titre original : AT Still and the Osteopathy in the Cranial Field

View from the pyramids – AAO Journal – Volume 19, Issue 2 - Summer 2009

Correspondance : Ray Hruby, DO, MS, FAAO - AAO Journal Editor - 3500 De Pauw Blvd, Ste 1080 - Indianapolis, IN 46268 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Le Site de l’Ostéopathie remercie Raymond J. Hruby Rédacteur en chef du AAO Journal de nous avoir autorisé à publier cet article.
Nos remerciements à Jean-Hervé Francès pour sa traduction.

Pendant une grande partie de ma carrière je me suis demandé ce que savait le Dr Still à propos de ce que nous évoquons aujourd’hui sous le nom de « Ostéopathie dans le Champ Crânien » ou O.C.F (1). Il n’en parle pas vraiment, bien qu’il ait souvent fait des allusions à ce propos. Par exemple, il décrivit souvent le cerveau comme une sorte de « batterie » responsable du contrôle et de l’organisation de l’ensemble du corps. C’est pendant mon internat que j’ai, pour la première fois, lu les écrits de Still. Une nuit que j’étais de garde et en visite à domicile, vers 2 ou 3 heures du matin, je lus ceci qui, je crois, me fascina : « le fluide cérébro-spinal est l’élément le plus noble connu contenu dans le corps humain, et à moins que le cerveau ne fournisse le fluide en abondance, une condition d’incapacité du corps persistera. Celui qui est capable de raisonner verra que ce grand fleuve de vie doit être abouché pour que le champ assoiffé soit irrigué immédiatement, sinon la moisson de la santé sera pour toujours perdue. (2) »

Au cours des années, j’ai échafaudé des théories sur la raison pour laquelle Still n’a jamais vraiment évoqué les OCF. L’hypothèse la plus plausible à mes yeux est qu’il était déjà suffisamment difficile d’expliquer l’ostéopathie en général à ses contemporains, sans y ajouter l’ostéopathie dans le champ crânien.

Voilà qui me ramène à une autre anecdote ostéopathique que j’aimerais vous raconter. En 1989 ou 1990 (à vrai dire je ne me rappelle plus exactement !), on me fit l’honneur de me confier la responsabilité du programme de l’assemblée annuelle de l’AAO (3), et entre autres sujets je demandai à Alan Becker, DO, de faire une présentation de William Garner Sutherland, DO. Je souhaitais notamment qu’il nous parle du mode de pensée de WGS, et comment il en était venu à développer le concept et la pratique de l’Ostéopathie dans le champ crânien compte tenu des connaissances scientifiques et technologiques de son époque. Le Dr Becker nous raconta une histoire que je n’avais jamais entendue auparavant, la voici :

Quand le président de l’assemblée annuelle me proposa de parler devant vous, il me demanda expressément : « Je voudrais que vous nous parliez du vrai Will Sutherland, car contrairement à la majorité d’entre nous vous avez eu l’avantage de vraiment connaître l’homme et d’étudier auprès de lui. Décrivez-nous sa façon de penser. »

Cette demande représentait un véritable défi, car chaque année à l’occasion de l’assemblée de l’Académie Américaine d’Ostéopathie, avait lieu une conférence commémorative en l’honneur de Sutherland et il existe dans la profession d’autres collègues bien plus qualifiés que moi pour mener cette tâche à bien ; mon frère Rollin Becker, DO ou encore Anne Wales, DO, pour ne nommer qu’eux. (Note du rédacteur en chef : à ce moment ni Rollin Becker ni Anne Wales ne pouvaient se rendre à cette réunion à cause de problèmes de santé.), quoiqu’il en soit, c’est moi que l’on a choisi, aussi tenterai-je dépeindre le « vrai » Will Sutherland…

… Cela se passait pendant les deux années (les cours avaient lieu à Kirksville à cette époque) au cours desquelles Will Sutherland commençait à enseigner le sujet qui l’occuperait toute sa vie par la suite. Il avait déjà pris conscience des incroyables possibilités de cette science nouvelle et était déterminé à les mettre en valeur. On a beaucoup raconté cet événement où, observant un crâne, il constata que le bord supérieur de l’écaille temporale était biseauté et cette phrase : « biseautés comme les branchies d’un poisson, indication manifeste de l’existence d’un mouvement respiratoire. »

Permettez-moi d’y ajouter une précision ; c’est Will qui parle : “Je demandai au Dr Still pourquoi certains os du crâne comportaient certains des biseaux internes et d’autres, des biseaux externes ; le Dr Still posa les mains sur mes épaules et répondit “tu es le premier étudiant suffisamment astucieux pour me demander ça. Maintenant réfléchis ! Ont-ils une raison d’être ?’’ Je demandai “se pourrait-il qu’il existe un mouvement ?”

La réponse du Dr Still est restée gravée en moi toute ma vie : “Bill, que ferait le cerveau si les os du crâne ne bougeaient pas ? A l’inspiration le cerveau se dilate et à l’expiration il diminue de volume parce que les fluides montent dans le crâne quand on inspire et sont drainés vers l’extérieur quand on expire. Alors maintenant il ne te reste plus qu’à aller de l’avant et à tirer cela au clair !’’ (4).

A la fin de cette histoire racontée par le Dr Becker, la salle était tellement silencieuse que l’on aurait entendu une mouche voler, je crois que c’est la seule fois de ma vie où j’ai vu un auditoire aussi important éprouver un still-point collectif.

Dès ce moment, je fus plus que jamais convaincu que Still en savait beaucoup plus qu’il ne voulait le dire sur les OCF, et il en savait beaucoup.

Il savait beaucoup sur beaucoup de choses.


Note de Pierre Tricot

Les propos de Still renvoient directement à Swedenborg qu’il connaissait très certainement. Deux récents articles présentés sur le site de Jean-Louis Boutin traitent de l’influence qu’aurait eue Swedenborg sur Sutherland pour le développement du modèle MRP. Ces deux articles (l’un de David B. Fuller et l’autre Theodor Jordan) se fondent notamment sur The Brain, écrit par Swedenborg en 1743, traduit en anglais par Rudolf L. Tafel et publié à Londres chez James Spiers en 1882. Dans cet ouvrage Swedenborg développe non seulement l’anatomie détaillée du cerveau mais il décrit également avec beaucoup de détails différents mouvements reliés au rythme cardiaque et à la respiration. Il évoque également le liquide céphalo-rachidien qu’il considère comme le fluide mettant en contact de manière privilégiée l’âme humaine et le divin. Il ne fait quasiment aucun doute que Still ait connu cet ouvrage.

Nous savons (Voir Trowbridge, Naissance de l’ostéopathie) que Still a fréquenté assidument les milieux spiritualistes et donc les adeptes de la philosophie de Swedenborg, particulièrement nombreux au Kansas après les années 1850. Les dates de publication de la traduction de Tafel (1882) et l’intérêt que Still portait à ce genre de littérature et sans doute à Swedenborg, permettent d’être quasiment certains qu’il a lu ce livre. Il était donc au courant de la théorie de Swedenborg sur les mouvements du cerveau et sur le liquide céphalo-rachidien, ce qui peut bien expliquer l’intérêt marqué qu’il portait au cerveau, ainsi que la citation apparaissant tout de même un peu ex abrupto dans Philosophie de l’ostéopathie (p. 62) et dans Philosophie et principes mécaniques de l’ostéopathie (p. 67) alors qu’aucune donnée connue de l’époque en physiologie relative au cerveau ne faisait mention d’un quelconque mouvement à son niveau ni n’évoquait en ces termes le liquide céphalo-rachidien.

Bibliographie :

  • Still, Andrew Taylor, 2003. Philosophie de l'ostéopathie. Sully, Vannes, 320 p., ISBN : 2-911074-64-5.
  • Still, Andrew Taylor, 2009. La philosophie et les principes mécaniques de l'ostéopathie. Sully, Vannes , ISBN : 978-235432-037-9.
  • Swedenborg, Emmanuel, 2005. The Brain, vol 1. Swedenborg Scientific Association, Bryn Athyn, Pennsylvania, 794, ISBN : 01-915221-74-8.
  • Trowbridge, Carol, 1999. La Naissance de l'ostéopathie. Sully, Vannes, 292 p., ISBN : 2-911074-16-5.

Notes de l'article

1. O.C.F. : Osteopathy in the Cranial Field, littéralement Ostéopathie dans le champ crânien. (NdT)

2. Still A.T. Osteopathy : Research and Practice. Kirksville. 1898 : 360. - La Philosophie et les principes mécaniques de l’ostéopathie, p. 67, Philosophie de l’ostéopathie, p. 62.

3. AAO : American Academy of Ostéopathy.

4. NdT : Dig this out : dans cette expression il y a l’idée de la nécessité de creuser pour déterrer une vérité enfouie.

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