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La dépression : une nouvelle piste thérapeutique avec l’EMDR [1]

Auteur : Pierre Renaudeau, Ostéopathe D.O M.R.O.F

[1] EMDR : Eye Movement Desensitization and Reprocessing ou Désensibilisation et Reprogrammation par Mouvement des Yeux - Source de l'image : Logo de l’Association EMDR France, 30 place St Georges - 75009 Paris - Tél. : 01 83 62 77 75


Avertissement

Cet article n’est pas une description du traitement de la dépression par l’ostéopathie, mais un partage de connaissances afin de permettre aux patients qui souffrent de bénéficier de la nouvelle thérapie EMDR, pratiquée par des psychologues et psychothérapeutes formés, et de permettre aux consœurs et confrères qui le désirent d’orienter convenablement ces patients atteints de dépression.


I. - Introduction

La dépression est un véritable fléau qui enlève dans notre entourage tous les ans des personnes de même qualité que tout un chacun et qui nous font grand défaut, que ce soit sur le plan affectif ou social. Tout le monde connait ainsi des patients ou des proches, pourtant « bien traités » par le lobby psycho pharmaceutique, qui choisissent de mettre fin à leur existence.

Pourquoi ? N’est-il pas du devoir de ceux qui soignent de s’interroger et de chercher ce qui a fait défaut à ces patients, ce qui aurait pu permettre de comprendre et de guérir ?

Les découvertes récentes des neurophysiologistes, qui commencent à défricher sérieusement cet ordinateur ultra-complexe qu’est notre cerveau (il est plutôt comparable à une ville d’ordinateurs, un réseau, qu’à un seul ordinateur), nous amènent heureusement aujourd’hui des éléments nouveaux qui doivent révolutionner la compréhension de phénomènes mortels comme la dépression. Et des praticiens motivés, à l’exemple de ce qui se passe aux Etats Unis, se forment aux nouvelles thérapies, beaucoup plus efficaces, cognitivo-comportementales, dont l’étonnante EMDR, afin de soigner enfin efficacement les patients atteints de dépression.

II. - Pourquoi l’on doit lutter contre la dépression !

D’après un document de Diane Marcote (1) (Université du Québec à Montréal), la dépression peut commencer dès l’adolescence, 16% des adolescents présentant déjà des symptômes, alors même que 75 % d’entre eux ne bénéficient d’aucune aide et que la rechute est très fréquente (50 à 80%) dans les cinq ans. Ce fléau s’abat alors sur eux en pleine entrée dans les études ou la vie active. Leur risque de décrocher de l’école est alors deux fois plus élevé.

L’on relèvera également dans cette étude des traits fonctionnels directement en rapport avec les nouvelles découvertes (EMDR (14), Patrick Gilot (6) ) de la neuro-physiologie du sujet vivant une dépression :

- La crainte du rejet dans leurs relations interpersonnelles (une plainte récurrente dans la souffrance due à la dépression où il est important de faire prendre conscience au sujet que ce n’est pas lui qui est rejeté mais ses traits dépressifs qui posent question à l’entourage NDLA).
-
Une critique de soi sévère et un faible sentiment d’efficacité (Kuperminc, Blatt & Leadbeater, 2001). (Une attitude rigoureuse (trop?) qui induit une souffrance importante au quotidien sur le plan professionnel, NDLA).
- Des distorsions cognitives face la perception d’eux-mêmes et de l’avenir, de même que des attitudes dysfonctionnelles face à la réussite et une faible tolérance à la frustration (Marcotte et al, 2006). (Les sujets souffrant de dépression ont tendance à voir l’avenir comme le présent, bourré de souffrances, alors qu’il peut être différent s’ils se prennent en charge. De plus, ils ont souvent intégré une vision critique d’eux-mêmes développées dans leur passé par ceux qui ont induit leur souffrance, d’où cette apparence de distorsion cognitive pour les observateurs médicaux ou scientifiques qui n’ont pas connu la même souffrance, la même réalité passée. NDLA).

Les facteurs étiologiques collent également étonnamment avec ces nouvelles données (6,14) :

- La prévalence de troubles affectifs est environ quatre fois plus élevée chez les enfants de parents dépressifs (La transmission par le vécu NDLA).
- De pauvres pratiques parentales, la mésentente familiale et conjugale, le divorce et l’abus (idem).
-
Le manque de cohésion familiale, le manque de soutien et d’engagement parental. Est également rapporté la difficulté à résoudre les conflits. (McFarlane et al., 1995) (Si Françoise Dolto nous a appris que l’enfant grandissait (psychologiquement) et se nourrissait de relations positives, tous ces manques engendrent logiquement une carence de construction de l’individu et de sa vie relationnelle, autant de pistes de résonnances dans la vie adulte lors des moments difficiles avec les autres adultes. Ces moments deviennent alors pour le sujet atteint de dépression une « répétition » de la souffrance multiple du passé… NDLA)

Les conséquences sur l’interaction sociale sont également :

- Isolement social et manque de soutien de la part de leurs amis (Kaltiala-Heino, Rimpela, Rantanen, & Laippala, 2001)
- Moins populaires à l’école
-
Manque d’habiletés sociales et d’habiletés de résolution de problèmes interpersonnels (Cole, 1990, Marcotte, Alain, & Gosselin, 1999).

Sur Solutions Santé.net (2) on peut se rendre compte que la dépression est omniprésente, puisqu’environ un humain sur cinq connaîtra un épisode de dépression dans sa vie. D’après l’INPES (« Quel est le risque de suicide ?, (11)) il y a environ trois millions de dépressions par an pour le seul territoire Français. On peut lire également (2, Solutions Santé.Net) que la dépression se soigne d’autant mieux qu’elle est diagnostiquée tôt. A contrario on peut donc penser et dire que le fait de ne pas en parler, ou pire encore, de l’occulter, ne peut qu’aggraver les choses.  Un chiffre terrible précise que dans trois quart des suicides les sujets souffraient de dépression…

Dans cet autre article publié en aout 2011(3), d’après Alicia Fortinberry et Bob Murray, La dépression est l’un des plus grands problèmes et des grands tueurs de notre temps.

Il y est rappelé que les antidépresseurs sont à peine plus efficaces que le placebo et induisent un nombre de risques, y compris de suicides, élevé, ce qui justifie de ne pas se contenter de cette approche, utile en traitement de début, mais de s’atteler à soigner l’environnement et le patient dans son ensemble. Par ailleurs le taux de dépression aux Etats-Unis est quasiment de 10% de la population adulte, de 23% chez les enfants, et 30% chez les femmes ! Les auteurs attirent enfin l’attention sur cette croissance inquiétante de la dépression et son lien évident avec le milieu de vie, social, que nous créons, ou validons (par nos achats ou nos votes), ce qui n’est pas sans aller dans le sens des dernières découvertes ( 6, 14 ).

III. - Ce qui change aujourd’hui. Les nouvelles données.

Dans un dossier de presse  (Paris 26 février 2004), « Psychothérapies, trois approches évaluées » (4) :

« L’Inserm a réuni un groupe d’experts (psychiatres, psychologues, épidémiologistes et biostatisticiens) qui ont pris en considération trois approches psychothérapiques :

- l’approche psychodynamique (psychanalytique),
- l’approche cognitivo-comportementale
(dont l’EMDR, NDLA),
- l’approche familiale et de couple. »
(citation in extenso du dossier Inserm)

Dans ce travail volumineux, initié par la Direction Générale des Soins et  deux associations de patients et amis des patients (l’UNAFAM,  Union Nationale des Amis et Familles de Malades Psychiques, et la FNAP-Psy, Fédération Nationales des Associations d’(ex) patients de psychiatrie) [et où l’on notera que l’industrie pharmaceutique, fidélisant ses patients à l’aide des psychotropes qui soignent mais ne guérissent pas, est absente], les experts de l’INSERM ont analysé pendant PLUS D’UNE ANNEE la littérature internationale de MILLE articles issus de la littérature scientifique internationale concernant les approches psychanalytiques, cognitivo-comportementales (dont l’EMDR) et par thérapie familiale. Autrement dit, un panorama mondial de ce qui marche dans le domaine des troubles mentaux (de la dépression à l’anxiété, l’autisme ou la schizophrénie) à l’aide d’une base de données dépassant tout ce que l’on avait pu lire auparavant. Et hors médicament.

  • a) L’approche psycho-dynamique, ou psychanalytique est basée sur la parole, vise la reconstruction à long terme, à l’aide du langage, et demande au moins un an. Nous connaissons tous des personnes, proches ou patients, qui ont fait de la psychanalyse pendant des années, sans succès, voire même se sont suicidées tout de même au bout du compte, en  désespoir de cause. Elles sont peu nombreuses fort heureusement, et cela n’enlève rien à la valeur de la psychanalyse, mais pour celles-là, il faut plus.
  • b) L’approche cognitivo-comportementale (à l’aide de connaissances et de travail sur le comportement, le fonctionnement), davantage centrée sur les connaissances en pleine évolution du traitement de l’information par le cerveau, propose une démarche thérapeutique construite sur mesure avec des objectifs concrets, en segmentant les difficultés à résoudre, ceci en accord avec le patient. On ne reprend pas ici l’autorité toute puissante du psychiatre ou du psychanalyste mais une collaboration professionnel-patient. Elles se pratiquent en général  sur 10 à 25 séances sur un an environ. Elles sont portées par des associations privées (qui proposent les formations) et intéressent de plus en plus de professionnels de la santé mentale.
  • c) La thérapie familiale se penche sur ce microcosme qu’est la famille, terreau néanmoins de la vie quotidienne, et les moyens d’améliorer les interactions positives tout en cherchant à traiter les interactions négatives. Faire bouger les choses sans bousculer.

Résultats :

« Pour la schizophrénie, Les comparaisons directes entre les approches permettent d’établir une efficacité supérieure de l’approche psycho-éducative familiale et des thérapies cognitivo-comportementales (dont l’EMDR, qui semble récemment apporter une efficacité plus qu’intéressante dans la schizophrénie. NDLA).

Pour la dépression, Pour les troubles dépressifs majeurs chez des patients hospitalisés sous antidépresseurs, les TCC sont efficaces. Les études contrôlées comparant approches psychodynamique et cognitivo-comportementale concluent à la supériorité de la seconde (dont l’EMDR) NDLA). La psycho-éducation familiale a un effet à court terme sur le fonctionnement global des patients et les thérapies psychodynamiques un effet sur l’adaptation sociale et la durée d’hospitalisation des patients.

Pour des troubles dépressifs d’intensité moyenne ou légère traités en ambulatoire, les thérapies cognitives (dont l’EMDR, ndla) sont plus efficaces que les traitements antidépresseurs. Elles sont également plus efficaces que les psychanalyses.

Enfin, Il est important de souligner que dans toutes les études analysées par cette expertise, il n’a pas été relevé d’apparition de nouveaux symptômes venant se substituer à court ou long terme à ceux pris en charge par la thérapie, quels que soient la thérapie ou le trouble examinés. »

Ces citations étant très expressives, j’ai préféré les reprendre in extenso (ndla). Source : Céline Goupil (5)

Lorsque l’on prend le temps de parcourir les différents blogs, qui sont ce qu’ils sont, sur la dépression, force est de constater que les témoignages des patients sous antidépresseurs ne sont pas encourageants, inquiétude, lassitude, désespoir parfois.  Alors devant une avancée qui semble réelle et prometteuse, l’EMDR, penchons nous un peu sur ce dont il s’agit en  4 questions.

IV - La dépression en 4 questions

La bêtise, la méchanceté et la violence sont autant de virus pour le système « cerveau ». (NDLA)

1. - Qu’est-ce que la dépression ?

La réponse n’était pas évidente jusqu’aux découvertes récentes des neurophysiologistes travaillant avec des Pet-scans (12), qui permettent d’observer l’activation des zones du cortex de notre cerveau en pleine activité.

En effet le cerveau des gens souffrant de dépression présente une particularité de fonctionnement (et non pas de structure) : Ils ne couplent pas le cortex pré-frontal et l’amygdale en présence de stress. Ce mécanisme est décrit dans l’excellent ouvrage de Patrick Gilot (6), qui n’est pourtant ni médecin ni psychiatre, mais qui nous apporte, outre un travail colossal de recherche sur le sujet, l’expérience de terrain d’un homme ayant souffert de la dépression.

Pourquoi est-ce important ?

Le système amygdale-cortex pré frontal est un système très ancien d’analyse des dangers par le cerveau. Lors d’un stimulus inquiétant (entendu ou vu), le cerveau animal (l’Amygdale), le premier traversé par les influx nerveux des sens, se met en alerte immédiatement (circuit court). Il représente un système de survie dans la vie animale (mieux vaut se défendre tout de suite pour rien que de succomber à un prédateur). Mais dans la vie animale, dans celle de nos ancêtres mammifères, l’alerte ne peut durer éternellement sous peine d’épuiser l’organisme, sauf bien sûr si elle est justifiée, auquel cas l’on débouche sur une fuite, un combat ou une immobilisation (faire le mort).

Le cerveau dans son ensemble utilise alors le couplage entre l’amygdale et le cortex pré frontal, très lié au présent et à la conscience de soi, afin de soumettre les sensations ayant déclenché l’alerte au crible du cortex, le crible de la conscience. Celui-ci va alors déclencher deux catégories de phénomènes : Un balayage horizontal du terrain avoisinant (ou de la pièce) avec les yeux pour vérifier la présence ou l’absence de danger, et il va accentuer l’écoute bilatérale et volumique pour vérifier la présence ou l’absence auditive du danger. Selon le recueil de ces entrées le cortex va confirmer ou annuler l’état d’urgence déclenché par le cerveau primitif (circuit long).

Pour donner une image de style militaire, l’Amygdale se comporte comme la sonnerie d’alarme déclenchée par quelqu’un et qui effraye et active tout le monde, et le cortex comme l’Etat-major, qui examine et décide de prolonger ou d’arrêter l’alerte.

Le balayage horizontal des yeux et l’écoute stéréoscopique (droite-gauche, qui détecterait un mouvement par le son) sont donc des mécanismes de contrôle du stress et de gestion des besoins d’urgence, ceci via le couplage Amygdale-cortex pré frontal, un mécanisme animal probablement très ancien ayant permis l’adaptation des animaux à la vie terrestre, et qui a été redécouvert et utilisé par Francine Shapiro (19) dans le cadre de l’EMDR.

La dépression semble donc due à un dysfonctionnement du système amygdale, cortex préfrontal (récentes découvertes 6,14) qui ne se fait pas et laisse le sujet en alerte beaucoup plus longtemps que nécessaire dans la vie quotidienne.

2. – Pourquoi cela induit-il une dépression ?

Le mécanisme évoqué plus haut nous sert toute notre vie. Enfant, il permet d’enregistrer que le rugissement d’un moteur constitue un danger d’écrasement, que le grondement d’un chien signifie une morsure et nous permet de protéger notre vie par des réflexes très rapides induits par l’Amygdale. Mais il intervient aussi lorsque nous sommes soumis à un stress répété qui nous semble, enfant et fragile, menacer notre survie. Lorsque par exemple, l’enfant est battu régulièrement par son père, son cerveau animal va enregistrer la voix de son père, ou la voix masculine, ou de simples raclements de gorge masculins, ou même des bruits de souliers, comme des signaux d’approche du danger, et, tout au long de sa vie, dès l’audition de ces sons, par simple similitude avec la voix paternelle, le cerveau-amygdale déclenchera invariablement des palpitations (accélérer le cœur pour fuir le danger), un ralentissement de la digestion (fuir est incompatible avec digérer) ou un blocage sur place, paralysé (dans cette tentative animale ou enfantine de ne pas se faire remarquer ni voir). C’est la mémoire du cerveau animal qui s’exprime sans arrêt dans la journée du sujet devenu adulte (et cela à son insu) qui le rendra si réactif (en stress) aux entretiens, aux remontrances d’un supérieur, etc, et qui constituera une accumulation de courts mais intenses (bien malgré le sujet) moments de stress, avec un prolongement anormal dans le temps dû au défaut de couplage avec le cortex préfrontal. (Une parenthèse s’impose pour souligner que le sujet vit cela comme normal, alors que son voisin de travail ne souffrira pas du tout des mêmes situations. C’est cette différence qui fera penser au sujet, tôt ou tard, qu’il « est différent », qu’il est « anormal » et qui l’isolera socialement, jusqu’à penser qu’il est « incapable », alors qu’il est seulement en souffrance). Ces moments accumulés (épuisants pour le sujet) seront ensuite digérés par le cerveau-cortex seulement le soir lors du sommeil paradoxal, la première phase du sommeil, où le cerveau reclasse ses archives, avant de passer en sommeil profond, dont la longueur est indispensable à une récupération normale (6).

Malheureusement, dans le cas de la dépression, et des liens stressants instaurés par le passé, sans cesse activés inconsciemment, la dose de ces micro-évènements à traiter le soir peut être considérable et allonger le sommeil paradoxal jusqu’à plusieurs heures, parfois des nuits entières, où le sujet décrit très bien cette « impression de n’avoir pas dormi » souvent considérée par le corps médical comme une conséquence de la dépression. C’est ensuite, comme l’explique très bien Patrick Gilot dans son ouvrage « Guérir de la dépression sans psy ni médicaments »(6), cette perte du sommeil profond qui épuise jour après jour le sujet, sauf s’il a le loisir de dormir tout son saoul le matin, récupérant enfin ses heures de sommeil profond.  

Au bout de semaines alignées ainsi, le sujet sombre dans la dépression, surtout lorsqu’il est contraint de se lever le matin à 7 ou 8 h, non reposé, à cause de son fonctionnement particulier vis-à-vis de la vie de tous les jours, et ce d’autant plus qu’il peut avoir plusieurs types de ces situations réactionnelles ou l’Amygdale réagit comme si la mort était à craindre.

Le couplage entre l’Amygdale et le cortex étant inopérant, la conscience ne peut rassurer le cerveau animal qui « stresse » le sujet sur des durées très disproportionnées avec l’évènement causal.

3. – Pourquoi cela dysfonctionne-t-il chez la personne en dépression ?

Un compte-rendu (7), du Science Daily du 3 novembre 2008 (« L’IRM révèle les relations entre la dépression et la douleur ») fait état d’une comparaison du ressenti de la douleur entre les sujets soufrant de dépression et ceux n’en souffrant pas. Il nous apporte un premier éclairage. En effet, les sujets en dépression semblent anticiper, craindre, la douleur à l’avance, ce qui avive leur ressenti de celle-ci (application de chaleur) et en augmente l’intensité ressentie. Au-delà des corrélations positives entre ruminations, sensations d’incapacité et ressenti aggravé de la douleur, aux travers desquelles les auteurs recherchent probablement une relation de structure, anatomique, l’on peut s’interroger sur le fait cité par eux que : 

« La réponse du cerveau d'anticipation peut indiquer l'hypervigilance à la menace imminente, ce qui peut conduire à l'impuissance et la modulation accrue maladaptative pendant l'expérience de la douleur de la chaleur»,

Cette réponse du cerveau est-elle le fait d’une différence structurelle, neurologique, ou ne peut-on y voir que le fruit d’un « apprentissage », hyper vigilance entretenue par le cerveau animal comme garantie contre des dangers vécus déjà à répétition, qu’il considère comme mortels, et quotidiens ?

Un autre article de recherche (Un cerveau trop calme et trop excité)(8), qui vise lui aussi à trouver des raisons anatomiques à la dépression, vient pourtant démontrer les dernières découvertes (6 et 14) :

- Définie comme un désordre émotionnel, la dépression est évoquée comme un trouble au cours duquel certaines émotions sont vécues de façon très intense, alors même que d’autres sont très difficiles à recruter (projet, espoir, foi en l’avenir, renforcement positif et sentiment de plaisir, lié à un « ralentissement de fonctionnement du cortex pré frontal »)…

Si l’on repart du point de vue que ces patients souffrent de dépression à cause d’évènements du passé en lien réactifs avec les situations du présent, il apparaît évident que les violences subies ou l’agressivité vécue dans le passé ont tendance à faire prendre conscience au sujet que les moments difficiles existent bel et bien, se répètent et sont (lorsqu’on est enfant) impossibles à contrer ou à maîtriser. Il s’agit là d’un apprentissage de la souffrance, de la brimade reçue, comme réalité tangible. Comment le cerveau animal pourrait-il alors l’oublier ? Et comment les gens (les médecins qui font ces études par exemple) n’ayant pas subi ce genre de choses dans leur enfance pourraient-ils comprendre cette réalité qui n’est pas la leur ?

- Ils citent encore : « Les patients déprimés utiliseraient ainsi plus de ressources cérébrales que les autres pour atteindre un niveau de performance égal face à des épreuves complexes de la vie quotidienne.  Cette mobilisation excessive des ressources cérébrales expliquerait l'épuisement précoce à l'effort lié à la dépression. » Là encore la souffrance reçue, par exemple dans le domaine éducatif, ce qui regroupe quand même parents et école, développe une hyper tendance à essayer de bien faire, pour plaire, ou plus exactement pour éviter de déplaire et induire de la violence en retour. La situation de souffrance hors éducation a également un effet bien connu, elle développe l’intelligence afin d’échapper aux agresseurs.  Ou encore, pour imager, quand on est petit et faible, il faut utiliser sa cervelle pour s’en sortir. A nouveau l’idée d’un apprentissage du cerveau, consistant là à sur-utiliser ses capacités, est compatible avec le profil du sujet souffrant de dépression, à cause de son vécu douloureux répétitif.

- Enfin : «  Chez les sujets en dépression, le cerveau semble plus compétent quand il s'agit d'évoquer des souvenirs négatifs plutôt que positifs. »

Là, la raison paraît simple en réponse au vécu du sujet. Le cerveau a développé une vigilance accrue, réaction de survie pour le cerveau animal, vis-à-vis de ce qui présente des risques, des dangers, et classe ces souvenirs comme plus importants pour survivre. Ils sont également plus chargés émotionnellement donc mémorisés plus durablement. C’est ce trait qui enlève vraisemblablement au sujet à dépression sa légèreté de vivre, inquiet permanent qu’est son cerveau animal.

Ce classement excessif explique potentiellement aussi l’accroissement de cellules du Thalamus observé chez les patients souffrant de dépression. L’on sait depuis quelques années que, soumis à un nouvel apprentissage, le cerveau humain est capable de créer de nouveaux réseaux neuronaux. Pourquoi dénier cette capacité au cerveau du sujet avec dépression, en réaction à son fonctionnement dû au vécu, de sur-développer anatomiquement ces zones ? Le thalamus est en effet une voie de passage obligée des émotions vers le cortex. Il est aussi secrétaire de ces émotions. Comment ne pas prendre en considération le travail émotionnel intense que doit effectuer un enfant maltraité pour ne pas aggraver la colère du bourreau, ou maîtriser sa propre colère, mélangée parois à de l’amour pour un parent, etc ?

A contrario (8) l’Hippocampe semble régresser dans le cadre de la dépression. L’on sait que chez l’animal l’excès de stress fait infléchir la neurogenèse des cellules de l’hippocampe, structure où, normalement, de nouveaux neurones se différencient régulièrement. Par ailleurs (9) l’excès de cortisol (pour lesquels l’hippocampe contient de hauts niveaux de récepteurs), présent dans le stress de la dépression, le manque de sommeil, présent dans le fonctionnement de la dépression et le stress, sont reconnus pour diminuer la neurogenèse de l’hippocampe. Cette caractéristique, infléchie par les antidépresseurs, cadre là encore parfaitement avec l’idée d’un fonctionnement quotidien de micro évènements stressants par le sujet en dépression, invisibles pour l’entourage, mais provoquant tous les enchaînements chimiques du stress chronique.

Enfin l’atrophie de l’hippocampe (diminuant les capacités de la mémoire) facilite la sensibilisation du sujet aux facteurs collatéraux au stress initial (la couleur des chaussures du frappeur, par exemple) facilitant autant de sources de liens stressants dans le présent.

Enfin le stress permanent entretenant une sécrétion excessive de cortisol, a également pour effet (8) d’épuiser les sécrétions de neurotransmetteurs classiquement considérés comme en quantité trop faible chez le sujet victime de la dépression. Pris comme cause, ce facteur d’épuisement par sur-utilisation de la dopamine, de la sérotonine et de la noradrénaline peut aussi être considéré comme une conséquence d’un fonctionnement répétitif de stress.

 Les inhibiteurs de recapture de sérotonine (ISRS ou Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine) pallient alors le manque de cette hormone et améliorent le fonctionnement du cerveau du patient sans traiter la cause…

Au final les raisons qui expliquent le dysfonctionnement du couplage entre  amygdale et cortex pré frontal peuvent être envisagées comme une conséquence d’un apprentissage répétitif de confirmation d’un danger (ou plusieurs) par le cortex. Le souvenir est alors enregistré par l’amygdale comme définitivement dangereux et le lien avec le cortex considéré comme  inutile, abandonné de façon purement fonctionnelle. Il n’en est pour preuve que le fait de réactiver ce circuit par l’EMDR fonctionne effectivement. En effet, un circuit qui peut être réactivé par une simple interaction relationnelle ne peut être en dysfonctionnement pour des raisons anatomiques ou chimiques. Il ne se remettrait pas en route de façon si simple.

Les stress répétitifs induisent ensuite l’hyper sécrétion de cortisol, puis les baisses par sur-utilisation des neuromédiateurs, les troubles du sommeil profond, et au final l’épuisement caractéristique de la dépression.

4. – Que peut-on faire pour un remédier ?

Les traitements classiques aux antidépresseurs (plantes ou médicaments) apportent une réponse immédiate à l’effondrement chimique du système, et ce sont d’excellents remèdes de crise (hospitalisations, tentatives de suicide, etc.)

Mais, sur la durée, ce sont des leurres, à peine plus efficaces que le placebo(3), avec des études éditées par l’industrie pharmaceutique. Pour situer l’objectivité potentielle de celle-ci, productrice et bénéficiaire des dividendes liés à la vente des antidépresseurs, rappelons simplement que le traitement par anti dépresseur coûte (cas réel concret) 55,21 euros par mois, avec des génériques (le cas classique avec antidépresseur, somnifère et anxiolytique). Un sujet qui est traité comme cela pendant quinze ans, (c’est très fréquent) rapporte donc au bas mot à l’industrie pharmaceutique environ 10 000 euros sur cette durée. Multiplié par le nombre estimé de trois millions de dépression par an (11), on arrive à un volume de 662,52 par trois millions, soit la bagatelle de un milliard neuf cent quatre vingt sept millions et cinq cent soixante euros !  Il s’agit d’une affaire de deux milliards d’euros par an ! Et ceci uniquement sur l’échelle du territoire français ! On comprendra que cet intérêt direct enlève toute objectivité scientifique aux études publiées par les laboratoires pharmaceutiques.

Les psychothérapies sont bien sûr des solutions de choix pour prendre le relais de ces traitements médicamenteux qui devraient être les plus courts possible. Mais elles présentent un défaut dans les cas lourds que sont les dépressions, elles manquent d’une solution de résolution. Dans les problèmes les plus légers, liés à des situations difficiles au présent, le fait de prendre conscience en séance des causes véritables de nos souffrances nous permet de changer les choses et d’aller mieux.

Mais dans le cas de la dépression, les ancrages dans le passé ne se résolvent pas même lorsqu’ils sont débusqués. Il faut déprogrammer leur enregistrement par l’Amygdale.

C’est ce que proposent les thérapies cognitivo-comportementales dont l’EMDR semble bien la plus prometteuse.

Comment ça marche ?

En séance, le praticien EMDR propose, dans une ambiance calme et chaleureuse (donc rassurante pour le cerveau animal) d’évoquer le souvenir en lien avec l’angoisse du présent, donc la peur qui lui est liée, tout en réactivant de façon volontaire le couplage de vigilance par les mouvements alternés des yeux. Le cerveau, le cortex pré-frontal repasse donc au crible de la raison (c’est son rôle dans cette physiologie de balayage) les émotions présentes dans l’amygdale. Le sujet perçoit alors un environnement sans danger, le temps présent, où il n’a plus un corps d’enfant sans défense, mais un corps d’adulte plus susceptible de pouvoir se défendre efficacement, et le fait que la peur est issue du passé. La reprogrammation se fait alors et le sujet cesse d’avoir peur au présent lorsqu’il croise à nouveau le stimulus (le bruit de gros souliers dans notre exemple) qui le reliait à sa peur passée et à la protection mise en place par l’Amygdale pour survivre.

La peur n’est plus qu’un souvenir, sans influence. Le sujet n’oublie rien, il se débarrasse simplement du lien réactif qui ne sert plus à rien. Il peut à  nouveau évoluer comme tout un chacun sans craindre, qui les portes fermées, qui les chaussures rouges, qui les grosses voix…

A chaque séance, la personne qui se soigne par EMDR se débarrasse d’un lien avec le passé et diminue ainsi progressivement la charge quotidienne de moments stressants, allégeant ainsi petit à petit la lourdeur du sommeil paradoxal, jusqu’à retrouver une vie avec un sommeil profond majoritaire et se lever le matin reposé, avec le sourire, découvrant que demain peut être meilleur qu’hier.

Alors, compte tenu de ces nouvelles possibilités thérapeutiques, gens de tous horizons qui souffrez d’une dépression, vous pouvez oser un sourire et prendre le temps de trouver un praticien EMDR (14). La réputation de cette méthode est grandissante, avec des résultats largement supérieurs à la psychanalyse, sans déplacement des symptômes, sans récidive, des comptes rendus sur des journaux de grande diffusion, une évaluation scientifique sur plus de mille études (pas mille cas , mais mille études différentes de pays divers) par l’INSERM, en 2004, des témoignages de patients en pagaille…

C’est la porte de sortie de la prison dépression.

Un dernier mot, puisque je suis ostéopathe. Un traitement d’ostéopathie conjoint au traitement de psychothérapie améliore les chances du patient, en le débarrassant de tous les freins physiques du corps, le laissant disponible pour déblayer les problèmes psychologiques. L’ostéopathie crânienne plus particulièrement est connue pour améliorer la récupération dans la dépression, et il conviendra de ne pas oublier la région sphénoïdale, et ses lésions intra-osseuses, qui sont connues pour avoir une incidence sur la mémoire récente et le cortex frontal. Mais ce sont des pistes non prouvées, à explorer.


Notes et références

1) http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=21771355

2) http://www.solutions-sante.net/depression-nerveuse/

3) http://laitman.fr/2011/08/14/la-depression-faits-et-statistiques/

4) http://iis13.domicile.fr/essentiaco/Psychoth%C3%A9rapies-%20rapport%20%C3%A9valuation%20Inserm.htm

5) Le rapport de l'INSERM peut être téléchargé sur le site => Rapport de l'INSERM (format pdf)

6) www.guerir-la-depression.net/

7) http://www.sciencedaily.com/releases/2008/11/081103170617.htm

8) www.linternaute.com/science/biologie/dossiers/06/0605-depression/1.shtml

9) http://fr.wikipedia.org/wiki/Hippocampe_(cerveau)

10) http://fr.wikipedia.org/wiki/Amygdale_(cerveau)

11) Chiffre de l’INPES 1°a et b Archives 2010 « Quel est le risque de suicide ? ».

12)  Pet Scan : Positron emission tomography (PET) scan - Traduction possible avec Google traduction

13)  Témoignages de patients  http://www.emdr-france.org/spip.php?article80

14)  Site de l'Association EMDR-France  www.emdr-france.org/ L'organisme a été fondé par le Dr David Servan-Schreiber, qui en est toujours président d’honneur. Le site contient un répertoire des praticiens en France (il s'en trouve dans presque toutes les régions). Il contient également de nombreuses références bibliographiques, dont plusieurs peuvent être téléchargées.

15) Revue de presse du forum Guérir : http://iis13.domicile.fr/essentiaco/Dossier%20ELLE%20200306.htm#emdr

16  Psychologie.com  www.toutlocal.fr/EMDR_mode_demploi_Cholet_Maine_et_Loire-r1301331-Cholet_ML.html

17) Passeport Santé : www.passeportsante.net/fr/Therapies/Guide/Fiche.aspx?doc=emdr_th

18) www.resilience-psy.com/spip.php?article131

19) Ouvrages :

Roques Jacques, EMDR, une révolution thérapeutique, Desclée de Brouwer, 2003 
Roques Jacques, L’EMDR, Inter Éditions, collection Découvrir, 2008 
Roques Jacques, Guérir avec l’EMDR, Seuil, CouleurPsy, 2007 
Servan-Schreiber David, Guérir, Pocket, 2005 
Shapiro Francine, Silk Forrest Margot, Des yeux pour guérir, Seuil, 2005 
Shapiro F., Manuel d’EMDR, Inter Éditions, Paris, 2007

Pour en savoir plus :

20) www.zemedical.com/zooms/chiffres-depression-france

21) www.continentalnews.fr/actualite/sante,7/antidepresseurs-le-triste-record-de-la-france,2173.html

22) wassil.free.fr/france_championne.htm

23) www.healthiertalk.com/why-antidepressants-don-t-work-treating-depression-1769

24) http://en.wikipedia.org/wiki/David_Healy_%28psychiatrist%29

25) www.scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&id_dossier_web=46&id_article=14006

Liens consultés le 27 mai 12h55.

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